Réflexions d’une doctorante de McGill sur le fait d’être associée au prix Nobel de la paix attribué au Programme alimentaire mondial des Nations Unies

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|Neale McDevitt, rédacteur, McGill Reporter

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Kate Sinclair travaille au Programme alimentaire mondial du Sri Lanka tout en terminant parallèlement un doctorat en nutrition humaine à McGill

Le 10 décembre 2020 a été une journée typique au bureau pour Kate Sinclair… en quelque sorte, mais pas vraiment. Loin de là, en fait.

Son travail, en tant que consultante internationale en nutrition au Programme alimentaire mondial (PAM) du Sri Lanka, s’est déroulé sans incident ce jour-là. Mais à son retour chez elle, Kate a regardé la cérémonie virtuelle d’attribution du prix Nobel de la paix (Nobel Peace Prize ceremony) au Programme alimentaire mondial des Nations Unies (PAM).

Ce n’est pas tous les jours que vous et vos 20 000 collègues du monde entier remportez un prix Nobel de la paix.

En toute honnêteté, le Comité Nobel norvégien avait annoncé l’attribution du prix le 9 octobre (texte en anglais), la cérémonie virtuelle ayant lieu le 10 décembre. Sinclair et ses 20 000 colauréats ont ainsi eu deux mois pour assimiler la bonne nouvelle.

« Ça a été une vraie surprise d’entendre que le Programme alimentaire mondial était le lauréat du prix Nobel de la paix – Je ne m’y attendais pas », confie Sinclair dans une interview par courriel depuis le Sri Lanka, où en plus de son travail pour le PAM, elle termine son doctorat en nutrition humaine à McGill. « C’est un tel honneur pour nous tous qui travaillons au PAM, moi y compris. Recevoir ce prix nous remplit tous d’humilité. »

Le PAM, premier intervenant sur le terrain dans certaines des situations les plus désespérées du monde 

Le PAM, qui est la plus grande organisation humanitaire au monde, fournit une aide alimentaire vitale en situation d’urgence – son personnel étant souvent le premier intervenant sur place pour livrer des denrées alimentaires vitales aux victimes de la guerre, de conflits civils, de la sécheresse, d’inondations, de tremblements de terre, d’ouragans, de mauvaises récoltes et de catastrophes naturelles. Près des deux tiers du travail du PAM bénéficient à des personnes confrontées à de graves crises alimentaires, la plupart causées par des conflits, où les gens risquent trois fois plus d’être sous-alimentés que ceux qui vivent dans des pays sans conflit. En 2019, le PAM a apporté de l’aide à 97 millions de personnes dans 88 pays, un chiffre impressionnant s’il en est un.

« Le prix Nobel de la paix a été attribué au PAM en reconnaissance de nos efforts pour lutter contre la faim, de notre contribution à l’amélioration des conditions de paix dans les zones touchées par des conflits et de notre rôle déterminant pour empêcher l’utilisation de la faim comme arme de guerre et de conflit », dit Sinclair. « Ce prix reconnaît que la nourriture est la voie de la paix et récompense le travail du personnel du PAM qui met sa vie en danger chaque jour pour apporter nourriture et assistance à plus de 100 millions d’enfants, de femmes et d’hommes affamés dans le monde entier. »

Un parcours amorcé à McGill

Le parcours de Sinclair vers le Sri Lanka a commencé à McGill.

Elle confie avoir d’abord été attirée à l’École de nutrition humaine de McGill par le fait que le programme de maîtrise ès sciences appliquées permet aux participants d’obtenir leur diplôme de maîtrise tout en complétant les exigences relatives à l’agrément en diététique.

Photo : Kate Sinclair (à g.) discute de la récolte du riz paddy avec des collègues à Batticaloa, Sri Lanka

« Ce n’est qu’après avoir suivi un cours de nutrition et santé publique au premier semestre, que donnait Dr. Hugo Melgar-Quiñonez [titulaire de la chaire professorale Margaret A. Gilliam en sécurité alimentaire à l’Institut Margaret A. Gilliam en sécurité alimentaire mondiale], qui est maintenant mon directeur de thèse, que j’ai été inspirée par son travail et que je suis passée à la filière de la maîtrise avec thèse, ce qui m’a permis de faire un projet de recherche plus approfondi », dit Sinclair. « La passion et l’attitude positive d’Hugo ont énormément motivé mon enthousiasme toujours croissant pour la sécurité alimentaire mondiale, la nutrition et le milieu universitaire. »

Sinclair a nourri son intérêt croissant pour la sécurité alimentaire mondiale en menant des projets de recherche dans le monde entier. « J’ai beaucoup acquis en menant des recherches pendant que j’étais à McGill, tant sur le plan professionnel que personnel », dit-elle. « Ces expériences m’ont aidée à me préparer de plusieurs façons à mon rôle au PAM. Elles ont affiné ma capacité à m’adapter et à travailler dans différents contextes avec des personnes d’origines diverses… j’ai eu la chance, pendant mon séjour à McGill, de vivre et de travailler dans nombre de pays différents – la Colombie, Haïti, le Costa Rica, la Barbade et maintenant le Sri Lanka. »

Le travail de Sinclair au PAM du Sri Lanka a commencé assez modestement, en août 2018, par un stage de six mois. Deux ans plus tard, en tant que consultante internationale en nutrition du PAM au Sri Lanka, elle soutient l’élaboration, la mise en œuvre et l’évaluation d’un large éventail de programmes liés à la nutrition. Cela comprend l’alimentation en milieu scolaire, l’enrichissement du riz, la gestion des connaissances et le renforcement de la résilience, entre autres.

« En outre, vu ma solide expérience en matière de sécurité alimentaire mondiale, j’apporte aussi mon soutien à l’équipe de l’évaluation et de suivi de la recherche, notamment en ce qui concerne les évaluations de la sécurité alimentaire, les activités de gestion des connaissances et l’examen des politiques », dit Sinclair.

Faire beaucoup avec peu

Le PAM est entièrement financé par des dons. Au Sri Lanka, le PAM est un « un petit bureau national dans un contexte de revenus moyens » qui est confronté à des défis constants en matière de financement. « Cependant, notre équipe est assez dynamique et créative et travaille en étroite collaboration avec le gouvernement, ce qui nous permet souvent de “faire beaucoup avec peu” », dit Sinclair.

Repas du midi offert à des enfants dans le cadre du Menu national de repas scolaires, au Sri Lanka

Au chapitre des défis, toutefois, la COVID-19 en pose un « à nul autre pareil », souligne Sinclair.

Au Sri Lanka, ses collègues et elle suivent la situation de près, adaptent les programmes existants pour continuer à aider les personnes dans le besoin et travaillent en étroite collaboration avec le gouvernement pour répondre aux besoins au fur et à mesure qu’ils se présentent.

À la mi-mars, le gouvernement du Sri Lanka a fermé les écoles pour aider à freiner la propagation du virus. Résultat? De nombreux enfants ont subitement été privés des repas gratuits qu’ils recevaient en vertu d’un programme national de repas scolaires en place depuis longtemps et soutenu par le PAM.

« Avec la fermeture prolongée des écoles et l’interruption du programme de repas scolaires, le PAM, avec le gouvernement d’Australie, a collaboré avec le ministère de I’ Éducation et d’autres partenaires gouvernementaux pour fournir des rations alimentaires à emporter chez soi comme méthode de substitution, afin d’assurer la sécurité alimentaire des enfants, jusqu’à la reprise du programme national de repas scolaires », dit Sinclair.

La sécurité alimentaire : Un défi multidimensionnel exigeant une réponse multidimensionnelle

Kate Sinclair à Puthukkudiyiruppu, dans le district de Mullaitivu, au Sri Lanka, avec des participants au projet EMPOWER du PAM/de l’OIT, visant à améliorer l’accès d’anciennes combattantes à l’autonomisation économique, à l’intégration sociale, à la résilience et à la consolidation de la paix

Malgré les énormes progrès de la recherche en matière de production, de stockage et de transformation des aliments, de sécurité alimentaire, de nutrition et de santé, de plus en plus de gens dans le monde souffrent de la faim. « De 2000 à 2015, le monde a connu une diminution prolongée du nombre total de personnes souffrant de la faim; toutefois, des estimations récentes indiquent que pour la première fois en 15 ans, ce nombre est maintenant en progression », dit-elle.

Ce problème multidimensionnel exige une réponse multidimensionnelle. « Nous avons besoin d’investissements axés sur la nutrition dans l’ensemble du système alimentaire, y compris des efforts pour réduire les pertes de denrées alimentaires et améliorer l’efficience. Il est essentiel de renforcer les moyens de subsistance et la résilience des petits exploitants agricoles, en particulier ceux qui sont vulnérables aux chocs naturels récurrents et au changement climatique. Des politiques de redressement et des mesures d’incitation dans le domaine de l’agriculture seront fondamentales à cet égard », dit-elle.

Et puis il y a les conflits.

« Le lien entre la faim et les conflits armés est un cercle vicieux : la guerre et les conflits peuvent provoquer l’insécurité alimentaire et la faim, tout comme la faim et l’insécurité alimentaire peuvent provoquer l’éclatement de conflits latents et déclencher le recours à la violence », dit Sinclair. « Faute de paix et de stabilité, nous ne pouvons espérer atteindre la sécurité alimentaire pour tous, ni mettre fin à la faim. »

Regardez une vidéo : https://youtu.be/uahYmrA7zVo

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