Treena Wasonti:io Delormier : Bâtir des ponts

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| Valerie McLeod

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Treena DelormierBien que les Retrouvailles aient pris corps différemment en 2020, la nouvelle présentation virtuelle des classes de maître et autres événements de célébration a permis aux diplômés d’assister à des discussions fascinantes sur divers sujets, à leur convenance, dans le confort de leur foyer.

L’une de ces classes — présentée par la Faculté des sciences de l’agriculture et de l’environnement — intitulée Indigenous Peoples’ Nutrition, Food Security, and Well-being (Nutrition, sécurité alimentaire et bien-être des Autochtones), a permis à nombre de McGillois et de McGilloises de faire connaissance avec Treena Wasonti:io Delormier, B. Sc. (NutrSc) 1993, M. Sc. 1996, professeure agrégée à l’École de nutrition humaine, nommée récemment titulaire d’une chaire de recherche du Canada de niveau II en nutrition et sécurité alimentaire des Autochtones, et directrice associée du Centre for Indigenous Peoples’ Nutrition and Environment (CINE). Delormier, dont les intérêts en recherche comprennent, entre autres, la nutrition et la santé, les perspectives autochtones et sociales de l’alimentation et la sécurité alimentaire, utilise ses travaux pour établir des liens respectueux et mutuellement bénéfiques entre des institutions comme McGill et les communautés autochtones avec lesquelles elle coopère.

Une approche originale

Par ses travaux, Delormier cherche à aborder les déterminants sociaux de la santé qui sous-tendent les inégalités auxquelles sont confrontés les Autochtones, dans un contexte historique de colonialisme, et elle explore comment ces thèmes sont liés à l’identité autochtone. Elle s’exprime ouvertement sur l’importance de l’autodétermination : la capacité des communautés autochtones à faire des choix pour être en mesure de répondre aux besoins sociaux, culturels et économiques; la souveraineté alimentaire : le droit des peuples à une alimentation saine et culturellement appropriée, produite de manière écologique et durable, et leur droit à définir leurs propres systèmes alimentaires et agricoles; et la sécurité alimentaire : garantir l’accessibilité à une quantité suffisante d’aliments nutritifs et abordables.

En tant qu’universitaire accomplie et Kanien’kehá:ka de Kahnawake, Delormier a une perspective unique, à cheval sur la frontière entre chercheuse et membre d’une communauté autochtone. Son programme de recherche actuel — pour lequel elle est titulaire d’une chaire de recherche du Canada (niveau II) — explore les concepts de souveraineté alimentaire et de sécurité alimentaire à partir de perspectives autochtones. « L’idée de souveraineté alimentaire revient à cette notion d’avoir des droits et une gouvernance sur ce que l’on mange. Pour les Autochtones, cela signifie avoir accès à la terre et aux systèmes de connaissances autochtones qui sous-tendent le type de nourriture qui renforce non seulement la santé, mais aussi l’identité », explique-t-elle. « Pour comprendre ces concepts d’un point de vue autochtone, il nous faut apprendre avec respect ces modes de connaissances auprès des détenteurs du savoir de la communauté, qui peuvent nous raconter une partie de l’histoire. »

À ce titre, Delormier consacrera la subvention de fonctionnement de 3,5 M$ que l’Institut de la santé des Autochtones des Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC) lui a accordée en 2020 à la création d’un environnement de réseau pour la recherche sur la santé des Autochtones (Network Environment for Indigenous Health Research/NEIHR) au cours des cinq prochaines années au Québec.

Répondre aux appels

Dans la foulée des appels à l’action de la Commission de vérité et de réconciliation du Canada, McGill a cherché à examiner sa propre relation avec les Autochtones en créant le Groupe de travail du vice-principal exécutif sur les études et l’éducation autochtones en 2016. Un an plus tard, le Groupe de travail a formulé cinquante-deux appels à l’action, jugés essentiels pour le propre projet de reconnaissance et de réconciliation autochtones de McGill — décrivant des mesures précises pour mieux s’engager et collaborer avec les communautés autochtones, afin de renforcer la présence et la réussite des étudiants, du personnel et du corps professoral des Premières Nations à McGill.

Parmi les appels à l’action formulés dans le rapport final du Groupe de travail, les actions primordiales sont la priorisation des études et de l’éducation autochtones et l’augmentation de la représentation et du financement de la recherche autochtone, ce qui a renouvelé l’intérêt des universitaires à travailler avec ces communautés uniques et culturellement riches, quelque chose auquel Delormier est sensible.

« L’Université prend des mesures pour que les étudiants autochtones aient non seulement un meilleur accès à l’éducation, mais aussi que cette éducation tienne compte des systèmes de connaissances autochtones et que les modes de connaissance incluent les détenteurs de connaissances autochtones ainsi que les professeurs autochtones », dit-elle. « Un grand nombre de chercheurs se sentent également encouragés à travailler avec les communautés autochtones, car c’est ce que nous avons été invités à faire dans le cadre des actions que le bureau du vice-principal exécutif a mises de l’avant. » Le défi réside toutefois dans la nécessité de veiller à ce que les relations entre les chercheurs et les communautés avec lesquelles ils travaillent soient mutuellement bénéfiques. « Nous devons mettre en place une infrastructure pour aider à la fois les chercheurs et les communautés à collaborer afin que les projets de recherche que nous menons soient à la fois utiles pour les populations autochtones et conformes à la mission générale de l’université. »

Un avenir prometteur

Si le chemin de la réconciliation s’annonce délicat, ce sont des chercheurs comme Delormier qui en dessinent les grandes lignes de la réussite, en se mettant respectueusement et constructivement à l’écoute de la culture, tout en s’associant activement avec les communautés autochtones dans leurs recherches. Et les perspectives sont prometteuses, selon Delormier. « Les jeunes des communautés autochtones s’intéressent à la santé dans les systèmes alimentaires, à l’apprentissage de la culture et des connaissances. Les programmes de revitalisation linguistique, les cérémonies et les pratiques culturelles font désormais partie de la façon dont nous encourageons la santé et les questions de santé au sein de la communauté. Et la Commission de vérité et de réconciliation du Canada est un premier pas important dans la reconnaissance de la façon dont l’histoire façonne le bien-être des communautés autochtones d’aujourd’hui. Enfin, il est encourageant de voir les universités et d’autres organisations s’efforcer de faire les choses mieux et différemment, en travaillant avec des étudiants qui comprennent l’aspect de la justice sociale et du travail de recherche en relation avec les systèmes et la durabilité alimentaires, et la santé de notre planète. »

Regardez la présentation complète de la classe de maître des Retrouvailles 2020 : Indigenous Peoples’ Nutrition, Food Security, and Well-being.

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