La conception des hôpitaux et son influence sur les soins aux patients

En direct 2018

« Nous façonnons nos bâtiments; puis ce sont eux qui nous façonnent. »

-Winston Churchill

 

Par Lisa Dutton

Les étudiants du cours facultatif sur l’architecture de la médecine ont aussi exploré l’art et la médecine. Voici le groupe et la professeure Adams devant la murale « Endocrinologie » de Marian Dale Scott, peinte en 1943, dans le Pavillon Strathcona. [Crédit photo : Annmarie Adams]

Autrefois, il était courant de soigner les patients dans de très grandes salles. Aujourd’hui, pour lutter contre les infections, les hôpitaux plus récents privilégient des chambres individuelles. À la fin des années 1800 et au début des années 1900, les hôpitaux pédiatriques dissuadaient les parents de visiter leur enfant. Aujourd’hui, l’équipe de soins encourage plutôt un membre de la famille à passer la nuit au chevet de l’enfant. Dans les années 1990, afin de réduire les coûts, les hôpitaux ont beaucoup diminué le nombre de lits d’hospitalisation, ce qui les a amenés à restructurer l’espace en fonction des soins ambulatoires et des services de chirurgie d’un jour. Un nouveau cours offert aux étudiants en 4e année de médecine réfléchit à ces changements en s’intéressant aux hôpitaux et aux facultés de médecine à travers leur architecture. Enseigné par la Dre Annmarie Adams, directrice du Département de sciences sociales en médecine, le cours permet aux étudiants en médecine de comprendre comment les décisions architecturales influencent la médecine et les soins aux patients.

« Montréal est une véritable encyclopédie d’architecture hospitalière à étudier, note la Dre Adams. Les étudiants et moi avons délaissé les salles de classe pour aller voir différents hôpitaux, dont le vieil Hôpital Royal Victoria construit en 1893, l’Institut neurologique de Montréal, qui a ouvert ses portes en 1934, et l’Institut Allan Memorial, une maison privée Ravenscrag construite en 1863 et convertie en hôpital psychiatrique dans les années 1940. Découvrir l’architecture en personne est la meilleure manière de la comprendre. » En plus de visiter les établissements de la région, à travers leurs lectures et leurs travaux, les étudiants ont aussi étudié des hôpitaux historiques et modernes à travers le monde, dont les deux hôpitaux ultramodernes que nous connaissons bien, le Centre universitaire de santé McGill du site Glen et le Centre hospitalier de l’Université de Montréal, qui ont ouvert leurs portes respectivement en 2015 et 2017.

La Dre Adams précise que l’objectif du cours est d’ouvrir les yeux des étudiants en médecine pour qu’ils voient l’architecture sous un nouveau jour.

Les salles Nightingale, comme celle-ci pour les femmes dans l’ancien Hôpital Royal Victoria, pouvaient recevoir entre 32 et 36 patients. William Notman et Fils, 1894. Photo obtenue des archives de l’ancien Hôpital Royal Victoria.

« Un jour en tant que médecins, ils pourraient être amenés à prendre des décisions architecturales importantes. Grâce à ce cours, ils seront mieux équipés pour le faire. J’enseigne à des étudiants en architecture depuis près de 30 ans, mais je pense sincèrement que l’architecture ne pourra que s’améliorer quand les gens d’autres disciplines s’intéresseront à l’environnement bâti et s’en soucieront. »

Selon les étudiants en médecine, le cours était à la fois rafraîchissant et très pertinent pour leur carrière en santé. Ils étaient ravis d’avoir la chance de visiter différents hôpitaux, anciens et nouveaux, et de pouvoir « voir, sentir et vivre l’architecture ».

La Dre Iline Guan, récente diplômée de la Faculté de médecine, raconte que le cours lui a ouvert de nouvelles perspectives sur les contextes historiques et sociaux dans lesquels certains établissements médicaux ont été conçus, mais aussi sur la façon dont les espaces peuvent influencer l’expérience des patients et des professionnels de la santé. « Les patients et les familles vivent certains des moments les plus difficiles et bouleversants de leur vie quand ils sont dans nos hôpitaux et nos cliniques; c’est important de voir comment le style architectural peut améliorer ou perturber leur expérience. »

« La description du cours a attiré mon attention et piqué mon intérêt », rapporte le Dr Jean-Baptiste Roberge, un autre récent diplômé en médecine de McGill. « On y dit que l’architecture contribue à la conception de la médecine. J’ai trouvé que c’était une affirmation plutôt osée, même prétentieuse! Mais, après réflexion, j’ai réalisé que c’était vrai. » Le Dr Roberge souligne que le cours l’a rendu beaucoup plus conscient de son environnement et l’a aidé à comprendre que l’aménagement d’un hôpital ou d’une clinique influençait vraiment la façon dont il pratiquera la médecine. Il a pris conscience de l’impact que la conception peut avoir sur les soins aux patients. « Je suis maintenant conscient de l’incroyable pouvoir de l’architecture sur la médecine, et si j’ai la chance de participer à la conception de cliniques ou d’hôpitaux, j’aurai certains éléments d’information pour m’aider à prendre de bonnes décisions. »

Le Centre universitaire de santé McGill en construction. Photo de Don Toromanoff.

Le Dr Jake Prillo, un autre récent diplômé qui a suivi le cours, raconte : « Pour moi, le point à retenir, c’est que l’espace dédié aux soins de santé peut être soit thérapeutique, soit préjudiciable à la guérison. Si nous voulons favoriser l’accessibilité, l’équité sociale et le bien-être, nous pouvons et nous devons commencer à concevoir des espaces qui reflètent ces ambitions. En tant que futur psychiatre, je vais garder ça à l’esprit quand je soignerai les patients dans leurs plus grands moments de détresse et de vulnérabilité. »

La Dre Adams a conçu le programme autour de cinq thèmes : la chirurgie, la tuberculose, la pédiatrie, la formation médicale et la psychiatrie. Les étudiants ont étudié ces sujets à partir d’hôpitaux historiques et d’hôpitaux ultramodernes actuels situés dans la région, mais aussi en Europe, en Nouvelle-Zélande, aux États-Unis et ailleurs. Les lectures, les dessins d’archives et les photos historiques ont jeté un éclairage additionnel sur ces thèmes médicaux, tout comme l’examen d’autres établissements hospitaliers célèbres dans le monde et une présentation de groupe axée sur le rôle de l’architecture dans la formation médicale.

Le Dr Prillo recommande chaudement ce cours aux étudiants. « Des cours comme celui-là jouent un rôle important pour nous aider à devenir des médecins mieux informés et plus accomplis, capables de prodiguer les meilleurs soins possible à nos patients. »

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