Des nouvelles études au Neuro sur la SP examinent une avenue prometteuse pour ralentir la progression de la maladie

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Par Sophie Lorenzo, Le Neuro

Des chercheurs de l’Unité de recherche clinique du Neuro (Institut-Hôpital neurologique de Montréal) sont parmi les premiers à Montréal à explorer une nouvelle avenue prometteuse dans la recherche sur la sclérose en plaques (SP).

La SP est une maladie auto-immune chronique du système nerveux central. Le Canada a l’un des taux de SP les plus élevés au monde, avec environ 90 000 personnes atteintes de la maladie, débutant lorsqu’ils sont jeune adulte. Des recherches antérieures au Neuro ont démontré que les lymphocytes B (un type de globule blanc du système immunitaire) jouent un rôle important dans l’inflammation et les lésions cérébrales causées par la SP. Il existe en fait différents types de lymphocytes B, dont certaines limitent l’inflammation tandis que d’autres la favorisent.

« Les lymphocytes B jouent un rôle diversifié et complexe dans le système immunitaire et dans la progression de la SP », explique le Dr Alex Saveriano, neurologue et chercheur principal sur ces nouveaux essais à l’unité de recherche clinique du Neuro. « Ils agissent comme un quart-arrière, dirigeant d’autres cellules pour perpétuer l’inflammation qui se produit dans la maladie. Ils servent également de cellules présentatrices d’antigène, c’est-à-dire qu’ils présentent une molécule particulière à d’autres cellules du système immunitaire, comme les lymphocytes T, et les dirigent à attaquer. »

Chez les personnes atteintes de la SP, les lymphocytes B dirigent les lymphocytes T (un autre type de globule blanc) d’attaquer la myéline, le revêtement protecteur des nerfs. Si les dommages sont importants, la myéline peut être remplacée par du tissu cicatriciel ce qui interrompt la transmission des impulsions à travers les fibres nerveuses. Cela peut entraîner des problèmes de vision, de mémoire, d’équilibre et de mobilité. Les effets de la maladie sont imprévisibles et peuvent être intermittents ou progressifs.

Certains des traitements récents les plus efficaces contre la SP réduisent le nombre de lymphocytes B qui expriment une protéine appelée CD20 sur leur surface, dans le but de réduire les poussées de SP et l’inflammation cérébrale. Ces traitements ont donné des résultats prometteurs dans la gestion des symptômes de la SP; cependant, en éliminant les lymphocytes B, ces médicaments laissent les personnes qui les prennent sujets aux infections opportunistes.

La nouvelle vague de recherche entreprise pour la première fois à l’Unité de recherche clinique du Neuro vise plutôt à cibler les deux bras du système immunitaire — non seulement les lymphocytes B, mais aussi les inhibiteurs de la tyrosine kinase de Bruton (inhibiteurs de BTK). Ces derniers bloquent une enzyme critique impliquée dans la maturation des lymphocytes B pour éliminer sélectivement les lymphocytes B indésirables tout en laissant seuls les “auxiliaires”.

« Un autre avantage de cette recherche est que certaines molécules inhibitrices de BTK semblent entrer dans le système nerveux central beaucoup plus efficacement que d’autres molécules qui appauvrissent les cellules B », explique le Dr Saveriano. « L’importance du rôle des lymphocytes B dans le traitement de la SP et des traitements ciblant les lymphocytes B et ralentissant la progression de la maladie fait des inhibiteurs de la BTK un développement très excitant dans le domaine, en particulier pour protéger la santé globale et la qualité de vie des personnes atteintes de SP. »

Cette vulnérabilité à l’infection est toujours une préoccupation importante pour les personnes sous ces thérapies, mais jamais plus que pendant la pandémie actuelle. Des données récentes publiées en avril dans la revue Annals of Neurology ont souligné le fait que certaines personnes atteintes de SP sous traitement immunosuppresseur anti-CD20 étaient à risque d’infections plus graves et d’une mortalité accrue due à la Covid-19. Le médicament semblait également considérablement réduire les anticorps anti-Covid-19 après la vaccination, laissant ces personnes vulnérables à l’infection.

« Le Neuro a été à l’avant-garde de l’introduction de nouveaux traitements pour les patients atteints de SP depuis 1986, lorsque le Dr Francis Gordon a créé l’Unité de recherche clinique et a participé à certains des premiers essais sur la SP menant au premier médicament cliniquement approuvé pour cette maladie. Mais il reste encore beaucoup à faire. L’une des limites de nos traitements actuels à plus haute efficacité est qu’ils peuvent trop supprimer le système immunitaire, ce qui pourrait avoir un impact sur la capacité du patient à combattre l’infection », explique le Dr Paul Giacomini, directeur de la clinique de SP du Neuro. « S’ils sont réussis, les nouveaux essais cliniques que nous avons en cours sur les inhibiteurs de BTK constitueraient un ajout important à l’arsenal de traitement de la SP. »

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L’unité de recherche clinique du Neuro (Institut-hôpital neurologique de Montréal) est un centre multidisciplinaire de recherche clinique qui gère chaque année plus de 100 essais cliniques de phase I-IV dans tous les domaines de la neurologie, parrainés par l’industrie et par des chercheurs. L’URC est un chef de file international de la recherche clinique, notamment dans le domaine des maladies rares.

Pour en savoir plus sur les essais cliniques sur la SP en cours à l’URC, visitez cru.mcgill.ca/fr/sp.

 

 

 

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