Un prix pour les battantes

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Au nouveau Campus Outaouais de l’Université McGill, un généreux don de la Fondation Leacross encourage le leadership féminin tout en aidant à consolider le réseau de santé de la région.

Image par Owen Egan/Joni Dufour.

Par Jean-Benoît Nadeau pour FMHS Focus

Lien vers le concours

Un chèque en fin de première année de médecine, ça se prend bien. 15 000 $, c’est le montant qui sera partagé chaque année par les récipiendaires de la bourse « Leadership et résilience Leacross », destinée aux étudiantes du Campus Outaouais et créée grâce à un don de 45 000 $ de la Fondation Leacross.

« Nous avons la parité des femmes en médecine, mais pas aux postes de direction. Nous avons besoin d’elles dans les conseils d’administration, les comités et comme dirigeantes », dit Roslyn Bern, B. Sc. 1978, présidente de la Fondation Leacross. Cette fondation familiale, basée à Chelsea, en Outaouais, a soutenu plus de 500 femmes dans divers projets reliés au leadership féminin. « Notre idée était de soutenir les femmes dans les domaines où elles sont sous-représentées. »

« C’est le Bureau Soutien et ressources-conseils aux études en santé (SOURCES) qui a monté le projet, obtenu les fonds et qui administrera les prix », dit le Dr Gilles Brousseau, doyen associé et directeur du Campus Outaouais, qui a accueilli ses premiers étudiants en août 2020. « Cette bourse vise spécifiquement à encourager l’implication des étudiantes. »

« L’enjeu du leadership des femmes n’est plus un problème d’éducation, mais de mentorat et de soutien, et on y arrivera à travers l’éducation », dit Shelly Sud, B. Sc. 1998, MDCM 2003 (sur la photo à gauche), directrice de la vie étudiante, qui a été une des artisanes de cette bourse et qui siègera sur le comité de sélection.

Les candidates – qui ont jusqu’au 12 avril pour présenter leur candidature – doivent essentiellement produire une lettre d’intention de 750 à 1 000 mots. « On cherche une personne qui a vision. Qui a déjà élaboré un projet. Qui a engagé ses pairs pour un changement soutenu. Qui comprend les obstacles au changement et identifie les stratégies pour les surmonter », énumère Emmanuelle Britton, MDCM 2008 (sur la photo à droite), vice-doyenne adjointe aux affaires étudiantes et aux affaires des résidents, et présidente du comité de sélection.

Oncologue médicale au Centre intégré de santé et de services sociaux de l’Outaouais depuis 2015, Shelly Sud fait une distinction très nette entre « médecine » et « gestion de la médecine ». « Oui, on a la parité en nombre de médecins, mais ce n’est qu’en 1999 qu’une première femme est devenue doyenne d’une faculté de médecine au Canada. On ne parle pas des années 1960. Dans les comités, ce sont encore majoritairement les hommes qui sont en position de pouvoir, tant académique qu’administratif. »

Sans succomber au jovialisme, Emmanuelle Britton croit que sa génération pave la voie. Médecin au Centre de médecine familiale de Wakefield, elle a décidé qu’elle assumerait de plus en plus de postes de leadership. « Ma fille fait partie de mon rôle. Elle a sept ans et je l’amène à des réunions », dit-elle, en admettant que trop de femmes se remettent en question quand elles se retrouvent sur un comité où il n’y a que des hommes.

Bien que le don de la Fondation Leacross vise d’abord les femmes, Roslyn Bern est également motivée par le souci d’améliorer les soins de santé dans la région. Installée en Outaouais depuis presque 30 ans, la Montréalaise de naissance – le nom Leacross est celui de l’avenue où se trouvait la résidence familiale dans l’arrondissement Mont-Royal – a pris fait et cause pour sa région d’adoption.

« Il y a pas mal d’insécurités en matière de santé dans la région, dit-elle. La population augmente énormément, mais les soins de santé ne suivent pas. Chelsea, où je vis, compte 7 000 habitants et sa population aura triplé d’ici 2023. C’est pourquoi un nouveau campus à Gatineau est une excellente nouvelle. »

Les Dres Emmanuelle Britton et Shelly Sud, qui pratiquent dans la région plusieurs années, n’ont pas eu besoin d’être convaincues avant de s’impliquer au Campus Outaouais. « Plus on va avoir de médecins qui assument du leadership, homme ou femme, mieux la santé sera administrée dans la région et meilleure sera notre capacité de retenir les médecins », dit Emmanuelle Britton.

Shelly Sud fait le lien entre cette situation et l’implantation du Campus Outaouais qui vise à favoriser la retention des jeunes médecins dans la région. « Certains des apprenants en médecine de la région pourraient se lancer en politique ou démarrer une entreprise. On veut les soutenir et les encourager pour qu’ils puissent atteindre leurs objectifs et possiblement améliorer les soins de santé dans la région. »

C’est après avoir fait fortune dans la plomberie que Samuel Bern, le père de Roslyn, a créé la Fondation Leacross au début des années 1990. « Notre vocation était la philanthropie classique, comme le soutien aux hôpitaux, par exemple, mais il y a 20 ans, j’ai décidé de concentrer notre soutien au niveau social, pour changer les choses, et d’axer notre action sociale sur les femmes et le leadership », dit Roslyn Bern.

Gilles Brousseau, qui vient enfin de se voir remettre les clés d’un Campus tout neuf, a très hâte de recevoir Roslyn Bern et de lui faire visiter les lieux – avec l’objectif avoué d’approfondir la relation du Campus Outaouais avec la Fondation Leacross. « D’autres idées pourraient suivre, convient Roslyn Bern. Il y a beaucoup de femmes généralistes, mais bien moins en chirurgie, en neurochirurgie. »

À l’image même du Campus Outaouais, ce n’est qu’un début.

Le 6 avril 2021

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