Anorexie : une étude relève un nouveau mécanisme neurobiologique qui ouvre la voie à un traitement

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Source : CIUSSS de l’Ouest-de-l’Île-de-Montréal

L’anorexie est un trouble psychiatrique très sévère qui touche jusqu’à 4% de la population. C’est la maladie mentale avec le plus haut taux de mortalité (10% des personnes atteintes en meurent). À ce jour, il n’existe pas de traitement pharmacologique spécifique pour lutter contre l’anorexie. Cela tient au fait que les mécanismes neuronaux impliqués dans l’anorexie sont très peu connus.

Un nouveau mécanisme biologique expliquant certaines formes sévères d’anorexie a été mis en lumière par le Dr Mathieu Favier de l’équipe dirigée par le Dr Salah El Mestikawy, chercheur au Centre de recherche de l’Institut universitaire en santé mentale Douglas. Ce travail a été réalisé en collaboration avec l’équipe de Vania Prado et de Marco Prado, du département BrainsCAN de l’Université de Western Ontario (UWO, London, Ontario).

L’étude publiée dans la revue Journal of Clinical Investigation démontre le rôle essentiel d’un neurotransmetteur, appelé l’acétylcholine, dans une partie du cerveau appelée le striatum. Le striatum joue un rôle essentiel, entre autres, dans la création des habitudes.

« L’étude illustre comment un dérèglement du striatum peut aboutir à la formation d’habitudes qu’on ne parvient plus à contrôler, et ce, malgré les conséquences dévastatrices. Grâce à ces travaux, l’anorexie pourrait faire partie des pathologies psychiatriques les mieux comprises en terme neurobiologique », explique le Dr Salah El Mestikawy, professeur agrégé à l’Université McGill.

La fonction centrale du striatum
Le striatum est situé à l’intérieur du cerveau et régule l’activité locomotrice et la recherche de récompenses. Ce qui est moins connu, c’est le rôle central qu’il joue dans la formation de nos habitudes quotidiennes.

Le striatum se subdivise en trois sous-parties :

  • Le striatum ventral ou noyau accumbens (aussi appelé centre de récompense). Celui-ci régule la récompense;
  • Le noyau caudé qui module la création des comportements orientés vers un but (ou vers l’obtention d’une récompense);
  • Et le putamen, qui contrôle la formation des habitudes et des automatismes.

Le noyau accumbens et le noyau caudé travaillent ensemble quand il s’agit d’obtenir une récompense. Dans un premier temps, cela exige une concentration maximale et cette activité semble fatigante et stressante. Mais la perspective d’une forte récompense est un facteur de motivation. Quand cette action est répétée, le putamen prend le contrôle et cette activité devient habituelle et automatique. Les habitudes et les automatismes sont de bonnes choses puisqu’ils nous rendent plus efficaces et demandent moins de concentration. Cependant, parfois les habitudes peuvent prendre le contrôle de notre vie, et ce, malgré les conséquences négatives qu’elles peuvent engendrer. C’est ce qu’on appelle les comportements addictifs ou compulsifs.

Lors de l’ étude il a été dé montré chez les souris que de faibles taux l’acétylcholine dans le striatum entrainent la formation d’habitudes excessives et une restriction alimentaire sévère. Dans des conditions normales ces souris se comportent et se nourrissent normalement. Par contre, lorsqu’elles sont soumises à des conditions stressantes les souris développent des habitudes excessives qui peuvent être potentiellement mortelles Cette étude montre comment l’influence de l’environnement sur un cerveau dysfonctionnel peut entraîner une pathologie psychiatrique grave comme l’anorexie.

Les chercheurs ont aussi découvert qu’on pouvait compenser le faible taux d’acétylcholine par l’administration d’un médicament couramment utilisé dans le cadre des traitements contre la maladie d’Alzheimer. Ce traitement a pour effet d’abolir les comportements pathologiques des souris.

Vers un traitement

Des recherches seront encore nécessaires pour pouvoir transposer chez les patientes les résultats obtenus chez les souris D’ailleurs, le Dr Sala h El Mestik awy et l’équipe du Professeur Philip Gorwood chef de service en psychiatre Centre hospitalier Sainte Anne, du Groupe hospitalier universitaire Paris psychiatrie neurosciences travaillent en collaboration afin de mettre au point un protocole basé sur l’utilisation de ce médicament. Une première étude pilote devrait commencer sous peu et les chercheurs espèrent obtenir des résultats cliniques d’ici un ou deux ans.

«Comprendre les dérèglements du cerveau qui sous tendent les troubles psychiatriques majeurs est la meilleure façon de les traiter efficacement. Nos découvertes ouvrent des avenues prometteuses porteuses d’espoir » souligne le Dr Salah El Mestikawy.

Ce dernier explore cette piste depuis 2014 dans son laboratoire au Centre de recherche de l’Institut universitaire en santé mentale Douglas. Au delà de l’anorexie, cette découverte pourrait également s’appliquer aux pathologies qui impliquent la création des habitudes et des compulsions telles que l’addiction les comportements obsessionnels et compulsifs, mais aussi l’autisme au trauma ou à la dépression.

Ces travaux ont été financés par le département BrainsCAN de l’Université de Western Ontario grâce à l’Institut de recherche en santé du Canada, le Fonds de recherches du Québec Santé, Brain Canada Multi Investigator Research Initiative, Natural Sciences and Engineering Research Council ERANET Neuron Joint Transnational Call

L’article « The cholinergic dysfunction in the dorsal striatum promotes habit formation and maladaptive eating » a été publié dans la revue Journal of Clinical Investigation.

 

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Le 12 novembre 2020

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