Approche par compétences : perspectives et conseils des résidents

En direct 2019

Par Lisa Dutton

À l’Université McGill et partout au Canada, les programmes de formation médicale postdoctorale (FMPD) font la transition vers un nouveau modèle de formation et d’évaluation des résidents : l’approche par compétences en formation médicale (APCFM). Dans ce modèle, des observations et des évaluations fréquentes brossent un portrait exhaustif des habiletés et des connaissances acquises par les résidents, et guident les décisions de promotion au fil de la formation. L’objectif global de l’APCFM est d’enrichir la formation postdoctorale et de faire en sorte qu’au terme de leur programme, les résidents soient prêts à la pratique autonome.

Les quelque 70 programmes de résidence mcgillois agréés par le Collège royal auront mis en œuvre l’APCFM d’ici 2022.

Nous nous sommes entretenus avec deux résidents pour obtenir leur perspective de la nouvelle approche : le Dr Mahmoud Alreefi, R2 en otorhinolaryngologie et le Dr Olivier Fortin, R2 en neurologie pédiatrique.

 

Dr Mahmoud Alreefi

Vous êtes résident en otorhinolaryngologie, un programme qui applique l’APCFM depuis deux ans. Comment se passe votre expérience jusqu’à maintenant? 

MAHMOUD ALREEFI : Ça se passe très bien. Il y a des hauts et des bas, mais globalement l’expérience est très positive. Les pierres d’assise de l’APCFM, soit les activités professionnelles confiables (APC) et les jalons, décrivent les habiletés que nous devons acquérir pour atteindre la compétence à chaque phase de la résidence. Les APC établissent aussi précisément les étapes que nous devons suivre pour assurer notre compétence. Tout cela a facilité l’expérience d’apprentissage.

 

Le lancement de l’APCFM est encore récent, mais plusieurs améliorations à l’approche ont déjà été mises en place. Est-ce que les résidents constatent une évolution? 

OLIVIER FORTIN : Selon les conversations et les réunions auxquelles j’ai participé, et les résultats d’un sondage de la Fédération des médecins résidents du Québec, même si certains défis demeurent, plusieurs aspects du processus d’APCFM ont été améliorés, souvent à la suite de suggestions des résidents. Par exemple, dans certains programmes comme l’anesthésiologie où on avait au départ établi de très nombreuses APC, ce nombre a maintenant été réduit, ce qui a beaucoup facilité les choses. Les superviseurs et les résidents connaissent aussi de mieux en mieux l’APCFM. Les résidents disent recevoir plus de rétroaction, obtenir davantage d’évaluations sur le terrain, et ressentir moins d’inquiétude en deuxième année de résidence.

 

Quels conseils aimeriez-vous donner aux résidents qui commencent leur programme en APCFM? 

OLIVIER FORTIN : Premièrement, il faut savoir que l’APCFM est faite pour les résidents. Commencez votre programme avec une attitude positive, assurez-vous de connaître les principes de l’APCFM et de savoir comment elle s’applique dans la pratique. Deuxièmement, ne vous inquiétez pas trop de vos évaluations d’APC. Le modèle ne devrait pas devenir un fardeau et une liste de contrôle interminable. Troisièmement, prenez la responsabilité de vos évaluations. Sachez où vous vous en allez et réfléchissez au genre d’apprentissage que vous tirez de chaque rencontre clinique. Il faut aussi être réceptifs à la rétroaction.

MAHMOUD ALREEFI : Tout d’abord, lisez les APC et assurez-vous de bien les comprendre. Deuxièmement, vous constaterez que les observateurs n’ont pas tous les mêmes forces, et certains ont plus de facilité à évaluer certaines APC que d’autres. Essayez de déterminer à quel observateur vous devriez demander de vous évaluer pour telle ou telle habileté. Troisièmement, demandez toujours une rétroaction, peu importe s’il s’agit d’une APC ou non. Il n’y a pas de « mauvaise rétroaction » : tous les commentaires peuvent vous aider à vous améliorer.

 

Que devraient faire les programmes pour aider les résidents à comprendre la nouvelle approche? 

OLIVIER FORTIN : Assurez-vous de bien expliquer l’APCFM en début de résidence. Le programme Fondements chirurgicaux l’a très bien fait : durant leur « camp d’entraînement » d’un mois en début de programme, quelques séances sur l’APCFM ont été présentées. Ces résidents semblaient mieux comprendre le modèle et être plus motivés. Ce format ne sera pas possible pour tous les programmes, mais tous devraient envisager de tenir plusieurs séances de formation sur l’APCFM avant le début de la résidence, ou au moins durant les premières semaines du programme. Ça n’aidera pas seulement les résidents, mais aussi les professeurs, qui auront ainsi beaucoup moins d’explications à donner aux résidents au sujet de l’approche.

 

Quels conseils aimeriez-vous donner au corps professoral? 

MAHMOUD ALREEFI : Les APC fonctionnent à merveille quand l’observateur les comprend bien et vous donne une rétroaction détaillée. C’est très utile quand un observateur suit toutes les étapes de ce que je fais et me dit comment je pourrais mieux m’y prendre. De cette façon, je peux cibler les points où je dois m’améliorer, et travailler en ce sens. Me dire simplement que j’ai « bien fait » ou « mal fait » telle ou telle intervention n’est pas suffisant pour approfondir mon apprentissage.

OLIVIER FORTIN : En plus de connaître les APC, les professeurs devraient se montrer ouverts à la rétroaction et à la discussion. Au début de chaque journée, de chaque semaine ou de chaque mois, les superviseurs devraient demander à chaque résident : « Sur quoi aimerais-tu travailler aujourd’hui/cette semaine/ce mois-ci? » Cette question toute simple ouvrirait la porte aux échanges et à la rétroaction qui sont essentiels à l’esprit de l’APCFM.

L’équipe pédagogique en FMPD a créé et réuni plusieurs ressources en APCFM qui peuvent être adaptées pour chaque programme. Elle a aussi créé une série de vidéos qui décrivent l’expérience et les conseils de différents acteurs des programmes qui sont passés à l’APCFM. Vous les trouverez dans la section CBME du site web du Bureau de la FMPD.

 

Si vous avez des questions avant ou pendant la transition de votre programme vers l’APCFM, n’hésitez pas à communiquer avec le Bureau de la FMPD à pg-education.med@mcgill.ca.

 

 

Le 22 novembre 2019

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