Des facteurs prénatals et périnatals sont liés au risque de suicide plus tard dans la vie

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Les chercheurs tentent depuis longtemps de déterminer s’il y a un lien à établir entre le milieu dans lequel une personne évolue en début de vie et le risque de suicide; des études sont publiées sur le sujet depuis les années 1980. Or, ces études sont axées sur des pays en particulier ou sur un nombre restreint de facteurs de risque, voire un seul dans certains cas. Faute de méta-analyses, il est difficile de tirer des conclusions cohérentes de ces données.

Une récente étude menée par des chercheurs du Département de psychiatrie de la Faculté de médecine de l’Université McGill et publiée dans The Lancet Psychiatry est la première à résumer les données probantes publiées à ce jour sur la corrélation entre les facteurs observés pendant la période prénatale et périnatale et le risque de suicide.

Dans le cadre d’une revue de la littérature comprenant 42 articles de 21 cohortes différentes, les auteurs de l’étude se sont penchés sur 21 facteurs de risque. À l’aide d’une revue systématique et d’une méta-analyse, ils ont réussi à faire un résumé quantitatif pour 14 de ces facteurs de risque. « Une observation déterminante ressort des données probantes de l’étude : des facteurs prénatals et périnatals seraient associés à un risque accru de suicide au cours de la vie. Les principaux facteurs d’influence relevés sont des caractéristiques familiales ou parentales défavorables et un retard de croissance intra-utérin », explique Massimiliano Orri, Ph. D., chercheur-boursier postdoctoral à l’Université McGill. Auteur principal de l’étude, ce dernier travaille avec la professeure adjointe Marie-Claude Geoffroy et le docteur Gustavo Turecki, au Groupe McGill d’études sur le suicide.

Les chercheurs ont découvert par exemple que les personnes dont le poids à la naissance était inférieur à 2 500 grammes sont quelque 30 % plus susceptibles de mourir par suicide que celles dont le poids à la naissance était normal. Ils ont aussi constaté que la probabilité de décès par suicide est plus élevée d’environ 80 % chez les enfants de mères adolescentes que chez les autres enfants et d’environ 30 % chez les enfants de parents peu instruits que chez ceux dont les parents ont un haut niveau d’instruction.

 

Mettre ces résultats à contribution pour diminuer les taux de suicide

Bien souvent, les facteurs prénatals et périnatals ne sont pas pris en compte dans les modèles utilisés pour conceptualiser l’apparition d’un comportement suicidaire et la façon dont les différents facteurs de risque interagissent pour accroître le risque de suicide au cours de la vie. Massimiliano Orri estime que de vastes études comme celle qu’il a menée, lesquelles tiennent compte par exemple des répercussions des expériences survenues pendant la période prénatale et périnatale, jouent un rôle important pour parfaire ces modèles. « Ultimement, nous espérons que cela nous aidera à mieux définir comment les gens deviennent sujets aux comportements suicidaires, et à cerner les facteurs à cibler pour promouvoir le bien-être dès les premiers stades de la vie », explique-t-il. « Selon les résultats de notre étude, une intervention préventive précoce s’impose pour atténuer le risque suicidaire plus tard dans la vie. Toutefois, pour que nos résultats puissent orienter des stratégies de prévention, il est important de comprendre tout d’abord les mécanismes qui relient les facteurs prénatals et périnatals et le risque de suicide. »

 

Paver la voie à de futures études

La méta-analyse réalisée dans cette étude résume les données d’observation à l’appui du lien entre les facteurs prénatals et périnatals et le risque de suicide. Toutefois, les chercheurs estiment que d’autres études sont nécessaires pour étayer le rôle causal des facteurs de risque ayant été ciblés, comme le poids de naissance ou l’âge de la mère. De plus, puisque la majorité des études examinées ont été réalisées dans des pays à revenu élevé, il faudrait également valider ces conclusions dans des pays à revenu faible et intermédiaire.

Ce projet a été financé par Horizon 2020, un programme de recherche et d’innovation mis en œuvre dans l’Union européenne (subvention 793396), et par les Instituts de recherche en santé du Canada.

Orri, M., Gunnell, D., Richard-Devantoy, S., Bolanis, D., Boruff, J., Turecki, G. & Geoffroy, M-C. (2019) In-utero and perinatal influences on suicide risk: a systematic review and meta-analysis. Lancet Psychiatry 6(6):477-492. DOI:https://doi.org/10.1016/S2215-0366(19)30077-X

 

 

Le 29 août 2019

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