Aider les gens à recouvrer la vue

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Comment le cerveau voit-il le monde? C’est ce qu’analyse Christopher Pack, du Neuro

Victor Swoboda, Le Neuro

Parmi les effets secondaires éventuels d’un accident vasculaire cérébral (AVC), on compte notamment la perte de vision. Un chercheur du Neuro travaille sur une méthode peu onéreuse, que les victimes d’AVC pourraient utiliser à domicile afin de recouvrer la vue.

« S’il arrive que la vue des patients se rétablisse spontanément, ce n’est généralement pas le cas », remarque Christopher Pack qui, en tant que chef du groupe de recherche sur les circuits neuronaux, étudie le mode de représentation des informations visuelles par les neurones. « Après un AVC, il reste presque toujours des circuits neuronaux résiduels entre les yeux et le cerveau : c’est la raison pour laquelle nous pensons que les victimes d’AVC pourraient être traitées. Si l’information se rend au cerveau, leur déficience visuelle devrait, en théorie, pouvoir faire l’objet d’une réadaptation. »

Christopher Pack et ses collaborateurs mettent au point un programme de réadaptation à domicile, pour lequel il suffit de disposer d’un ordinateur et d’une connexion Internet. Des tests sur un logiciel développé par une entreprise montréalaise, The Article 19 Group, sont actuellement menés auprès de 24 patients recrutés dans le service de soins des AVC du Neuro, au Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CHUM) et dans des centres locaux de réadaptation.

Le programme comprend de simples tests visuels.

« Un stimulus visuel apparaît à l’écran, et le patient doit indiquer si celui-ci se déplace vers la droite, vers la gauche ou dans une autre direction, explique Christopher Pack. Nous demandons aux patients d’utiliser ce programme pendant environ 30 minutes par jour. Il est possible d’entraîner différentes parties du cerveau selon ce que l’on choisit d’afficher à l’écran. En effet, on compte peut-être 20 ou 30 structures cérébrales touchant à la vue. Chacune d’entre elles réagit davantage à certaines catégories de stimuli, comme les points, les lignes ou les couleurs. Le choix de ces stimuli permet donc de faire travailler différentes parties du cerveau. »

Selon Christopher Pack, l’apprentissage par répétition est possible grâce à la plasticité du cerveau. Si un patient refait l’exercice, encore et encore, il réapprendra ainsi à utiliser la zone cérébrale qui dispose d’une fonction résiduelle. Ces exercices sont le pendant de la physiothérapie pour la vue. En effet, si un AVC endommage les capacités motrices du bras d’un patient, un physiothérapeute lui réapprendra à utiliser ce bras, encore et encore.

« Lors de nos tests préliminaires, nous avons constaté que les patients recouvrent souvent une partie de leur acuité visuelle, indique Christopher Pack. Tout ne redevient pas comme avant, mais ils retrouvent par exemple la capacité de voir les mouvements, ils lisent plus facilement ou souffrent moins du mal des transports, un problème courant en cas de déficit visuel. »

Christopher Pack admet que faire 30 minutes d’exercices visuels chaque jour est plutôt monotone. Il cherche donc des moyens de rendre ces exercices plus amusants, peut-être en les intégrant à un jeu.

Il aimerait que le logiciel soit offert au public d’ici quelques années. Pour l’instant, il tente de recruter davantage de patients ayant subi un AVC afin de disposer de plus de données de tests qui confirmeraient ses résultats préliminaires.

Les patients ayant subi un AVC qui souhaiteraient prendre part à ces recherches peuvent communiquer avec Asmara Awada, l’étudiante aux cycles supérieurs qui coordonne cette étude, à asmara.awada@mail.mcgill.ca.

 

Le 3 juin 2019

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