La prolifération des essais cliniques : un piège qui guette médecins et patients

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La surestimation des effets d’un médicament dans certains essais pourrait entraîner de mauvaises décisions thérapeutiques, avertissent des bioéthiciens

Photo: Robert Streiffer

Source: Salle de presse de McGill

Dans un article d’opinion paru cette semaine dans l’édition en ligne du JAMA, des scientifiques de l’Université McGill, à Montréal, et du Memorial Sloan Kettering Cancer Center, à New York, y vont d’une mise en garde : chercheurs, médecins et organismes de réglementation risquent de surestimer la valeur de nombreux nouveaux médicaments s’ils omettent d’examiner l’ensemble des données disponibles à leur sujet.

« Il n’est pas rare de voir une société pharmaceutique mener des douzaines d’essais cliniques sur l’emploi d’un nouveau médicament dans diverses maladies, affirme Jonathan Kimmelman, bioéthicien à l’Université McGill et auteur principal de l’article publié dans le JAMA. Dans certaines de ces études, l’efficacité apparente est le simple fruit du hasard. Or, il est important de tenir compte de tous les essais cliniques menés par une entreprise pharmaceutique afin de pondérer les effets du médicament en fonction du hasard. Un médecin qui se réfère à une seule étude risque de prendre de mauvaises décisions de traitement. »

Ce point de vue est tout particulièrement pertinent chez des médecins qui traitent des patients atteints de maladies graves et qui ont épuisé les traitements éprouvés. Ces patients se voient souvent prescrire des médicaments dont l’utilité ne s’appuie que sur une faible quantité de données.

Kimmelman et les coauteurs de l’article soulignent également qu’en tenant compte de l’ensemble des essais menés sur un nouveau médicament, on pourrait mieux protéger les sujets des essais cliniques.

« Lorsqu’ils envisagent de prescrire un médicament contre une maladie, les médecins ont l’habitude d’examiner les données sur l’emploi de ce médicament contre la maladie en question, explique M. Kimmelman. Cette méthode est valable lorsqu’on dispose de nombreuses données solides. Cela dit, nous croyons – ce qui ne manquera pas d’en surprendre plusieurs – qu’en l’absence de données probantes sur l’efficacité, les médecins et autres professionnels de la santé devraient analyser les résultats des essais sur l’emploi du médicament dans d’autres maladies. »

Cet article a été coécrit par Benjamin Carlisle, doctorant à McGill, et par Mithat Gönen, chef du service de biostatistique au Memorial Sloan Kettering Cancer Center.

Pour lire l’article complet: http://jamanetwork.com/journals/jama/fullarticle/2652428.

L’article « Drug Development at the Portfolio Level Is Important for Policy, Care Decisions and Human Protections », par Jonathan Kimmelman, Benjamin Carlisle et Mithat Gönen, a été publié dans l’édition en ligne du JAMA, le 24 août 2017.

 

Le 31  août 2017

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