Comment passer au télé-enseignement

April 2020
Le professeur Sébastien Jodoin en train s'enseigner à distance, utilisant un trépied, une caméra, une tablette et un ordinateur portatif. Et bien sûr, sa tasse McGill!

À la lumière de la COVID-19, la Faculté de droit a fait preuve de créativité pour aider ses étudiant.e.s à terminer l’année scolaire à distance grâce à l’apprentissage virtuel. Un adepte des nouvelles technologies, le professeur Sébastien Jodoin a mené des ateliers d’enseignement virtuel pour nos professeur.e.s et chargé.e.s de cours. Il nous en parle ci-dessous.

Comment avez-vous accueilli la nouvelle d’avoir à terminer le semestre d’hiver 2020 en livrant vos cours à distance?

J’étais soulagé d’apprendre que McGill permettait aux étudiant.e.s de terminer leur semestre à distance. J’étais d’abord surpris que McGill nous accordait une pause de deux semaines pour effectuer une transition vers le télé-enseignement en ligne, mais j’ai vite compris que cela était nécessaire pour permettre aux enseignants de s’ajuster et à la communauté de McGill de prendre les mesures nécessaires pour se mettre en isolement ou retourner dans leurs villes d’origine.

Quels sont les avantages et les défis du télé-enseignement?

L’avantage principal est bien sûr que cela rend l’apprentissage plus accessible aux professeur.e.s et aux étudiant.e.s qui ont des responsabilités familiales importantes ou des handicaps. L’enseignement à distance peut également permettre aux participant.e.s de sauver du temps en n’ayant pas à se déplacer, ce qui pourrait leur permettre un mode de vie plus sain.

Par contre, le manque de contact humain rend l’apprentissage moins dynamique, tant pour les professeur.e.s que les étudiant.e.s. Ce mode d’enseignement s’adapte difficilement à la façon que le droit est enseigné à McGill, où les cours sont souvent conçus comme des espaces de discussion et de résolution de problèmes.

Vous avez mené des ateliers d’enseignement virtuel pour nos professeur.e.s et chargé.e.s de cours.

Je suis heureux d’avoir pu appuyer mes collègues dans cette période de transition abrupte – ça m’a donné le sentiment d’apporter une petite contribution à la gestion de cette crise. Ça semble s’être bien passé et la plupart des membres du corps professoral ont participé à mes ateliers.

En terme de difficultés, j’étais déjà très confortable avec les services de vidéo-conférence; j’avoue que ce n’était pas évident pour moi de saisir les besoins des professeur.e.s et chargé.e.s de cours qui n’étaient pas à l’aise avec ces technologies. J’ai donc adopté une approche empatique pour appuyer mes collègues afin de leur donner les connaissances et surtout la confiance pour utiliser ces outils.

Une chose amusante à signaler: ça fait plusieurs années que je lance à la blague que les membres de la Génération Y (dont je fais partie) deviennent automatiquement un support technique dans un environnement de travail multi-générationnel. Ayant passé trois semaines à répondre justement à des questions techniques sur l’enseignement virtuel, ça me fait sourire que ma blague ait été aussi prophétique.

Le télé-enseignement gardera-t-il une place importante dans l’enseignement juridique après la crise du COVID-19?

Je crois que l’apprentissage virtuel pourrait continuer à jouer un rôle important dans certaines circonstances, notamment pour des cours magistraux traditionnels qui sont enseignés à un nombre élevé d’étudiant.e.s.

Cela dit, puisque notre Faculté mise de plus en plus sur un mode d’enseignement actif axé sur la résolution de problèmes et la réflexion critique en petits groupes, je ne crois pas que l’apprentissage virtuel sera très présent à McGill après la crise du COVID-19. N’oublions pas par ailleurs que la fédération des barreaux de common law du Canada requiert que l’enseignement d’un programme d’éducation juridique se fasse majoritairement en personne.

Vous disposez d’une baguette magique pour créer l’outil de télé-enseignement idéal. À quoi ressemble-t-il?

Ça serait un environnement d’enseignement virtuel complètement immersif qu’on ne pourrait pas distinguer de la réalité, comme dans le film Ready Player One!


Le professeur adjoint Sébastien Jodoin dirige le Laboratoire de droit, de gouvernance et de société. Ses intérêts de recherche et d’enseignement incluent notamment le développement durable, le droit transnational, la politique publique, l’environnement et les changements climatiques, les droits humains, le handicap, l’innovation sociale et la recherche socio-juridique.

 

Entrevue: Sarah Huzarski.
Photo: Courtoisie de Sébastien Jodoin.

 


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