La méthode kangourou : quand le toucher guérit

Posted on Wednesday, June 29, 2016
Naminata Sylla and her son Yanis. / Photo: Eliane Leroux-Lafortune

Naminata Sylla et son fils Yanis. / Photo: Eliane Leroux-Lafortune

Le contact peau à peau se généralise à l’unité de soins intensifs néonatals du CUSM

Par Eliane Leroux-Lafortune

L’échographie de grossesse peut mettre les nerfs à rude épreuve, mais ce jour-là, Naminata Sylla avait hâte à la sienne. Elle avait besoin d’un peu de soleil dans sa vie après avoir reçu de tristes nouvelles de sa famille. Elle anticipait un moment heureux, mais s’est vite mise à paniquer. Enceinte de 23 semaines, Naminata a appris que son col était dilaté de trois centimètres et que son bébé risquait de ne pas survivre.

Naminata a été transférée de toute urgence de l’Hôpital de la Cité-de-la-Santé de Laval à l’Hôpital Royal Victoria du Centre universitaire de santé McGill (HRV-CUSM), au site Glen, où elle a été hospitalisée pendant trois semaines et demie.

Après 27 semaines et deux jours de grossesse, Yanis voyait le jour.

« La première semaine a été très pénible, parce qu’on ne savait pas s’il s’en sortirait, confie Naminata. Je suis restée à son chevet tous les jours, sans pouvoir le prendre. Je me sentais perdue, et je ne savais pas quoi faire ni comment l’aider. »

Une semaine après la naissance de Yanis, les infirmières de l’unité de soins intensifs néonatals (USIN) ont suggéré à Naminata de pratiquer la méthode kangourou avec son fils.

Amanda Camacho, NICU nurse. / Photo: Eliane Leroux-Lafortune

Amanda Camacho, infirmière à l’USIN. / Photo : Eliane Leroux-Lafortune

« La méthode kangourou, qui désigne le contact peau à peau, est bénéfique pour tous les bébés, explique Amanda Camacho, infirmière à l’USIN. L’USIN peut être un milieu stressant pour les bébés; cette méthode les aide dans leur développement et leur apporte du réconfort. Elle favorise le lien et l’attachement entre les bébés et leurs parents, qui doivent vivre séparés pendant le séjour à l’USIN. »

Au CUSM, les soins du développement des bébés à l’USIN sont pris au sérieux. « Il y a certains problèmes de développement liés à l’environnement de l’unité, comme le son, l’éclairage et les diverses positions dans lesquelles on place les bébés. Nous tentons de trouver ce qui est le plus favorable pour qu’ils puissent se développer correctement pendant leur séjour à l’hôpital, déclare Amanda, qui fait partie d’un comité du CUSM pour optimiser les soins du développement. Par exemple, la population de bébés prématurés a besoin d’un milieu qui ressemble davantage à l’utérus, où règnent la noirceur et le silence, tandis que les bébés à terme ou plus âgés ont besoin de milieux plus stimulants. »

Le comité s’est vite rendu compte que ce contact peau à peau serait le moyen le plus simple et le plus efficace pour tenter d’améliorer le développement des bébés à l’USIN.

Avec la méthode kangourou, le bébé porte seulement sa couche, tandis que la mère ou le père retire sa chemise et revêt une jaquette d’hôpital ouverte à l’avant. Le parent dépose ensuite le bébé sur sa poitrine, s’enveloppe avec lui d’une couverture, puis ensemble, ils restent assis tranquillement pendant environ une heure.

« Les bienfaits de la méthode kangourou sont bien démontrés, constate Amanda, qui a rédigé un protocole encadrant sa pratique au CUSM publié en décembre 2014. Parmi ses principaux bienfaits, cette méthode stabilise des signes vitaux comme la température corporelle. Les mères et leur bébé ont une relation physique : la température corporelle de la mère s’adapte pour stabiliser celle du bébé. Ainsi, si le bébé est froid, le corps de la mère se réchauffe. »

En plus de la température, la méthode kangourou régularise d’autres signes vitaux, comme la respiration et la fréquence cardiaque, ce qui réduit l’incidence d’apnées et de bradycardies. Elle favorise également un sommeil plus réparateur et plus profond pendant des périodes plus longues, ce qui contribue au développement du cerveau. « C’est très important, parce que le cerveau se développe énormément pendant le dernier trimestre de la grossesse, souligne Amanda. Le poids du cerveau peut tripler pendant cette période. »

La méthode kangourou réduit également les taux d’infection, qui sont souvent très problématiques au sein de la population de l’USIN, car le système immunitaire des bébés est très vulnérable. « Grâce au contact peau à peau, les bébés peuvent coloniser leur mère avec les microorganismes auxquels ils sont exposés. Autrement dit, en prenant leur bébé et en le touchant, les mères sont exposées aux mêmes choses que leurs bébés. La différence, c’est que contrairement au système immunitaire des bébés, celui des mères est mature. Le corps de la mère fabrique des anticorps pour lutter contre les maladies, puis les transmet au bébé par son lait. Le contact peau à peau améliore aussi considérablement la production de lait. »

La méthode kangourou est également bénéfique pour les parents. Elle contribue à réduire l’anxiété et le taux de dépression postnatale et à améliorer leur satisfaction globale à l’égard du séjour hospitalier.

« Quand j’ai finalement pu prendre Yanis, il était tellement petit que j’avais peur de le toucher, admet Naminata. L’infirmière m’a beaucoup rassurée et m’a dit de m’asseoir confortablement, qu’elle déposerait Yanis sur moi et que tout irait mieux. Ça s’est tellement bien passé. Le jour où j’ai pris mon bébé dans mes bras, j’ai finalement senti que j’étais une mère. »

Depuis que Yanis a l’âge d’une semaine, Naminata pratique la méthode kangourou plusieurs heures par jour. « Ma production de lait a augmenté. Yanis est plus reposé, et son taux d’oxygène s’est amélioré, ajoute-t-elle. La méthode kangourou procure de nombreux bienfaits à mon fils, mais m’en apporte à moi aussi. »

Lors de la rédaction de cet article, Yanis avait presque trois mois et était en bonne santé, malgré quelques problèmes mineurs causés par sa prématurité. « Grâce au contact peau à peau, j’ai l’impression de donner à mon fils ce dont il a besoin, affirme Naminata. C’est une expérience unique, que je poursuivrai quand je pourrai finalement emmener mon bébé à la maison. »

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