December 2011

À quoi pouvons-nous nous attendre dans le cadre de la lutte mondiale contre le cancer? Le 21 novembre, l’Amphithéâtre Jeanne Timmins de l’Institut neurologique de Montréal était un excellent endroit pour le découvrir. C’est là que Simon Sutcliffe a prononcé sa conférence, La lutte contre le cancer – une question de vie ou de mort dans un monde inégal. L’événement qui a provoqué la création de la série inaugurale des conférences Bronfman – le 20e anniversaire à venir du Centre de recherche en oncologie clinique Gerald Bronfman – a motivé McGill à faire le bilan de ses contributions dans une bataille qui est à la fois internationale, locale et profondément personnelle. Les éminents chercheurs et chefs de file mcgillois Eduardo Franco, Michel Tremblay et Michael Pollak, M.D., C.M. 1977, ont également fait la lumière sur la science et le traitement du cancer.

Simon Sutcliffe. Photo: Nicolas Morin

Bataille internationale et historique

Simon Sutcliffe est président du Réseau international pour le traitement et la recherche sur le cancer au Canada. Originaire du Royaume-Uni, il déménagea au Canada à l’âge de 33 ans, étudia et pratiqua à titre d’oncologue, pour ensuite gouverner pendant plus d’une décennie l’Agence du cancer de la Colombie-Britannique, d’abord à titre de vice-président, puis de président et chef de la direction. Il a occupé de nombreuses autres fonctions prestigieuses, se consacrant à comprendre le passé, le présent et l’éventuel futur du cancer dans les pays industrialisés et en développement.

Lors de sa conférence, il a expliqué comment les maladies contagieuses comme la tuberculose, la fièvre rouge et le choléra ont sévi, par le passé, dans les pays occidentaux. Toutefois, à la fin du XIXe siècle et au début du XXe, le taux de décès attribués à ces maladies a radicalement chuté. Que s’est-il passé et pourquoi est-ce important pour la lutte contre le cancer?

De meilleures conditions hygiéniques et sanitaires, de l’air non vicié et l’amélioration des conditions de vie ont considérablement augmenté l’espérance de vie. Ces changements ont fait davantage pour l’espérance de vie que les interventions médicales elles-mêmes. « Le traitement médical de la maladie n’est qu’un facteur modeste contribuant à la santé de toute la population », a déclaré Simon Sutcliffe.

À l’heure actuelle, la majeure partie des pays en développement subissent une transition démographique similaire à celle dont les sociétés occidentales ont fait l’expérience il y a un siècle. Cela conduit au déclin relatif des maladies contagieuses. Ça, c’est la bonne nouvelle. La mauvaise, c’est l’augmentation imminente des conditions chroniques comme le cancer. Les tableaux présentés par Simon Sutcliffe révèlent une réalité troublante. Le cancer deviendra vraisemblablement un fléau dans des pays qui sont les moins bien équipés pour réagir.

Incidence du cancer et mortalité [cliquer pour agrandir]

Les chances de survivre au cancer sont illustrées par la portion de la ligne rouge (incidence) accolée à la ligne bleue (mortalité). Plus la ligne bleue se rapproche de la rouge, plus il est vraisemblable que le diagnostic de cancer soit, selon les mots de Simon Sutcliffe, « l

 

Changements prévus dans la mortalité causée par le cancer [cliquer pour agrandir]

« Le rythme de croissance de la mortalité causée par le cancer sera considérablement plus rapide dans les pays en développement », Simon Sutcliffe. Source : Annales d

 

McGill est-elle prête pour le futur?

McGill fait l’objet d’éloges pour ses réussites passées et présentes, à la fois cliniques et en sciences fondamentales. La conférence de Simon Sutcliffe a toutefois soulevé des questions sur la manière dont l’Université peut continuer de jouer un rôle pertinent dans un avenir radicalement différent.

Les experts qui ont pris la parole après monsieur Sutcliffe ont livré des aperçus très différents bien que similairement concrets de cet avenir. Le mode de vie – un facteur critique parce que les habitudes alimentaires occidentales (et l’absence d’exercice) se répandent sur la planète – était le sujet principal d’un échange dirigé par Michael Pollak, directeur du Centre de prévention du cancer à l’Hôpital général juif. Des études qu’il a réalisées avec des collègues ont décrit le lien important entre l’alimentation et le cancer. Les variations dans l’alimentation influencent les hormones qui, à leur tour, ont un impact sur la croissance des cellules cancéreuses. À mesure que l’on comprend mieux ces mécanismes, cela ouvre la porte à de nouveaux médicaments qui ralentissent la croissance des cellules cancéreuses par l’intermédiaire de la régulation hormonale.

Michael Pollak. Photo: Nicolas Morin

Michel Tremblay. Photo: Nicolas Morin

La dernière conférence de l’après-midi était prononcée par Michel Tremblay, directeur du Centre de recherche sur le cancer Rosalind et Morris Goodman. De la même manière, faisant remarquer l’évidente complexité du cancer tel qu’exprimé génétiquement, il a repris le thème général en insistant sur le travail de pionnier de l’Institut des politiques sociales et de la santé de McGill. Dirigé par Jody Heymann, l’Institut examine comment les politiques sociales influencent la capacité des individus, des familles et des collectivités à combler leurs besoins en santé, et fournit ainsi des outils essentiels pour aider les décideurs à préparer l’avenir.

Michel Tremblay a parlé d’un projet guinéen, en Afrique, dans lequel il est personnellement engagé et où il aide à créer un Centre du cancer en collaboration avec des partenaires locaux, faisant ainsi un petit pas en avant pour répondre aux terribles besoins des pays en développement pour de meilleurs soins de santé de base. Monsieur Tremblay a également reconnu le travail inspirant qu’effectue pour la santé mondiale son collègue mcgillois Mark Wainberg, B.Sc. 1966. À titre de coprésident du 13e Congrès international sur le SIDA de Durban, en Afrique du Sud, en 2000, monsieur Wainberg a fourni un modèle de la manière dont les dirigeants, les décideurs et les experts en santé de la planète peuvent se regrouper d’une manière coopérative et ciblée pour s’attaquer à une maladie comme le SIDA. Monsieur Tremblay croit que ce modèle de collaboration offre des leçons précieuses sur la manière dont on peut combattre le cancer à l’échelle planétaire.

Héros locaux

Après la conférence, à l’occasion d’une réception réunissant des dignitaires, Eduardo Franco, directeur intérimaire du Centre Gerald Bronfman, ainsi que directeur intérimaire du Département d’oncologie, a ramené l’attention sur les personnes, les patients qui luttent contre le cancer, ainsi que sur les professionnels dont le travail est de les aider. Il a expliqué l’importance des essais cliniques dans la mise au point de nouvelles thérapies anticancer. Chaque année, le Centre gère les centaines d’essais de ce genre qui sont effectués dans les hôpitaux affiliés à McGill. L’histoire du Centre est jalonnée de percées remarquables : les essais de l’Herceptin, approuvé contre le cancer du sein en 1998, et de l’Ipilumumab, approuvé contre les mélanomes un peu plus tôt cette année, pour n’en nommer que deux.

Eduardo Franco. Photo: Nicolas Morin

Des patients locaux ont livré des témoignages à propos de leurs expériences, faisant éloge de la compassion et de l’expertise des chercheurs et du personnel du Centre Bronfman et décrivant le sentiment de fierté que procure le fait de contribuer à la lutte contre le cancer. L’un des patients, Richard Pelletier, a reçu un diagnostic en février 2010 de cancer bronchopulmonaire « non à petites cellules » qui s’est par la suite métastasé. On lui a dit qu’il n’y avait pas de traitement. « C’est comme une bombe. Quand on entend ça, ça nous jette par terre », dit-il. Néanmoins, les soins et les traitements qu’il a reçus l’ont aidé à regagner des forces et, le jour de la réception, il était là en personne pour regarder son propre témoignage vidéo. « Ces essais cliniques présentent de grands avantages », explique-t-il. « En fait, ils en présentent plus d’un! On vous examine beaucoup plus minutieusement. On vous accorde une attention précise et vous faites l’objet d’un contrôle constant. L’autre avantage est que si on “tombe” sur un bon traitement, on est l’un des premiers à en bénéficier. »

[Laurence Miall]

À PROPOS DU CENTRE BRONFMAN

Situé au 546, avenue des Pins, le Centre Gerald Bronfman pour la recherche clinique en oncologie héberge le cœur des activités et les bureaux administratifs du Département d’oncologie de McGill, le premier département du genre au Canada, ainsi que nombre de ses principaux programmes, notamment le Programme de recherche clinique, la Division de l’épidémiologie du cancer, le Programme de nutrition et réadaptation en oncologie et le Programme de soins holistiques. Ces programmes ont aidé McGill à acquérir une réputation de leadership en recherche avancée sur la prévention du cancer, les traitements et les soins palliatifs. Le Centre Bronfman a été créé grâce à un généreux don de la Fondation Marjorie et Gerald Bronfman, représentée le 21 novembre par Judy Bronfman-Thau. Pour poursuivre la lecture et voir des photos prises lors des célébrations du 20e anniversaire, consulter l’article dans le Bulletel.

À noter : Une version modifiée de la conférence Bronfman de Simon Sutcliffe est disponible en ligne dans Current Oncology.

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