« L’art » de la médecine effectue un retour

November 2011

Si la médecine est à la fois un art et une science, Tom Hutchinson soutient que l’art a été trop souvent ignoré au cours du XXe siècle. Toutefois, au cours du XXIe siècle, l’art effectue un retour, et peut-être qu’aucune école de médecine n’est mieux placée pour paver la voie que celle de McGill. Whole Person Care: A New Paradigm for the 21st Century, écrit par Tom Hutchinson, réunit Balfour Mount, Richard et Sylvia Cruess, Abraham Fuks, BSc’68, MDCM’70, et nombre d’autres experts pour explorer comment la médecine ressuscite la tradition du médecin guérisseur et assure une transformation du système de soins de santé au rythme accéléré et technologiquement avancé de notre époque. L’ouvrage est paru le 18 novembre 2011.

La docteure Nadine Arvisais examine une patiente, madame Berard-Larose. Photo : Owen Egan.

« Les patients sont de moins en moins satisfaits de la profession médicale parce qu’ils ne reçoivent pas ce dont ils ont vraiment besoin », déclare Tom Hutchinson. Directeur du Programme de soins holistiques de McGill et médecin traitant à la Division des soins palliatifs du Centre universitaire de santé McGill, le docteur Hutchinson a connu une carrière qui a suivi le chemin qui, selon lui, s’attaquerait du mieux possible à cette apparente insatisfaction des patients. D’abord néphrologue, il a radicalement changé d’orientation dans les années 1980 après avoir rencontré Virginia Satir, la thérapeute familiale de renom. « [D’elle], j’ai appris beaucoup à propos des gens, de la manière dont ils réagissent aux enjeux difficiles de leur vie et de celle dont on peut les aider », déclare-t-il. Il est passé aux soins palliatifs, travaillant aux côtés de Balfour Mount, toujours plus convaincu que « les fondements de la médecine ne sont pas une science; c’est le lien avec les autres êtres humains et le fait de les aider à vaincre la maladie. »

Comme l’indiquent les Cruess dans leur chapitre, « l’évolution de la pratique médicale, dont l’histoire est fermement enracinée dans l’art de guérir, est paradoxale. » Il semble que les soins holistiques soient quelque chose que les médecins comme Hippocrate, ses prédécesseurs et successeurs effectuaient longtemps avant qu’on invente le terme. Mais avec l’avenue de l’ère scientifique de la médecine au XIXe siècle, et avec l’augmentation de la spécialisation qui s’est produite au cours de la deuxième moitié du dernier siècle, les soins holistiques ont semblé connaître un déclin. Le paradoxe est que la médecine peut guérir davantage d’affections chez plus de patients que jamais auparavant, mais que la confiance envers les praticiens décline et que les patients souhaitent un retour à une relation significative de personne à personne avec un médecin.

Les soins holistiques militent pour un nouveau paradigme au sein duquel les méthodes empiriques de la science sont liées à l’art de guérir, ce qui exige d’aller au-delà d’une concentration sur un corps et ses maladies pour englober l’individu qui souffre à cause de la maladie. Dans son chapitre, Eric Cassell livre une analogie utile avec une autre profession : « Les architectes, notamment, ne réunissent pas deux sortes de connaissances – l’esthétisme et le génie – à la fin de leur travail de conception. Elles font constamment partie de leur processus de réflexion… »

À travers les chapitres sur la « prise de conscience », une démarche de pratique médicale qui exige ouverture et clarté de la perception – et sur le langage de la médecine, les thérapies alternatives, le rôle de l’anxiété à l’égard de la mort, le professionnalisme, la génétique et d’autres sujets, Whole Person Care sert de guide aux étudiants, praticiens, enseignants et au grand public.

Quand on lui demande si McGill est unique dans l’attention qu’elle accorde aux soins holistiques (le présent cursus M.D., C.M. surgit à l’esprit), le docteur Hutchinson déclare que c’est le cas et que cela est dû, en partie, à la tradition d’Osler, qui est extrêmement présente à McGill. » Après tout, c’est de Sir William Osler que le docteur Hutchinson a emprunté l’épigramme de l’introduction de son ouvrage : « La pratique de la médecine est un art, non un marché; une vocation, non une entreprise; une vocation dans laquelle votre cœur sera impliqué au même titre que votre tête ».

[Laurence Miall]

 

 

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