En mission spéciale pour la science

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Elle a longtemps été la personnalité la plus associée au secteur aérospatial au Canada. Aujourd’hui, elle travaille un peu plus loin des projecteurs : Julie Payette dirige le Centre des sciences de Montréal depuis près d’un an, ce qu’elle considère comme un emploi de rêve. Rencontre avec une scientifique toujours passionnée.

par David Savoie
Julie Payette

Julie Payette

Il y a un peu plus de quatre ans, elle flottait dans l’espace, au cœur de la Station spatiale internationale, avec pour mission de manier des bras robotiques. Aujourd’hui, l’ancienne astronaute a les deux pieds bien sur terre. Son nouveau terrain de jeu, c’est le Centre des sciences de Montréal, situé dans le Vieux-Port de la métropole. Depuis juillet 2013, elle est directrice de ce musée voué à la vulgarisation scientifique, qui présente notamment expositions interactives et films Imax.

Elle entre dans la salle en coup de vent. Une rencontre avec une équipe du musée a été plus longue que prévu. Malgré les apparences, les milieux de l’aérospatiale et de la muséologie sont fort similaires, souligne l’ingénieure de formation : tout doit être opérationnel. Le Centre des sciences, par exemple, accueille plus de 800 000 visiteurs chaque année. Il faut s’assurer que tout fonctionne, avec un budget modeste, précise la directrice.

Julie Payette (B. Ing. 1986, D. Sc. 2003) a de l’énergie à revendre. Visiblement, les sciences et la culture scientifique l’emballent toujours autant. Elle s’anime dès qu’il en est question. « Cela fait partie de notre mandat, comme astronaute : partager nos expériences, transmettre notre passion pour les sciences et les technologies, et si possible, l’inspirer
chez d’autres ».

Pour une plus grande culture scientifique

Lorsqu’on lui demande si elle veut intéresser davantage les femmes à la science, Julie Payette secoue vivement la tête : « c’est une cause qui est importante, mais qui s’inscrit dans quelque chose de plus vaste. La relève dans le domaine de la technologie est un problème social très large et si on veut continuer à soutenir la société technologique, il faut inclure tout le monde. Pas assez de gens s’intéressent à des métiers spécialisés en technologie, ce qui pourrait entraîner des difficultés à plus long terme. Avec les changements démographiques, il va y avoir des pénuries dans certains domaines. Que l’on ait, dans certaines facultés, un pourcentage minime de femmes, équivaut à se priver d’une ressource extrêmement importante. Ce serait néanmoins une catastrophe si tout le monde était en sciences et technologie, comme cela le serait si tout le monde était en littérature. »

Il faut donc « ouvrir l’éventail », pour recruter des gens qui n’auraient pas considéré une carrière en science, tout en inculquant une culture scientifique – pas assez valorisée – plus importante à la population. « La culture scientifique nous permet de prendre de meilleures décisions, d’avoir une pensée critique. Un peu de scepticisme, c’est bon pour la santé. Poser des questions, c’est tout à fait sain. Je trouve parfois que les gens n’en posent pas assez, et pour moi, la culture scientifique, c’est ça : s’informer, être curieux, de dire Julie Payette. Dans un monde où les communications sont instantanées et que Google fournit toutes sortes de réponses à nos questions, comment discerner le vrai du faux? C’est là qu’intervient l’esprit critique. Car nous sommes bombardés d’information! »

Suzanne Fortier connaît Julie Payette depuis près de 20 ans. Pour la principale et vice-chancelière de l’Université McGill, l’ancienne astronaute est la personne idéale pour diriger un centre dont la vocation est d’intéresser le grand public – et les jeunes en particulier – aux sciences. « Julie Payette a énormément contribué à rapprocher la science du public, par son charisme et son engagement à transmettre ce qu’elle a vécu et appris, et évidemment, par ses réalisations, qui continuent de faire rêver petits et grands et de stimuler la curiosité et l’esprit de découverte. »

L’occasion de diriger le Centre des sciences de Montréal est arrivée à point nommé pour la scientifique de 50 ans, qui souhaitait rentrer à Montréal – où elle a grandi – , après 20 ans aux États-Unis. Avant de se joindre au Centre des sciences, elle a passé quelque temps à Washington, d’abord au prestigieux Woodrow Wilson International Center for Scholars, puis comme déléguée scientifique du Québec. Mais c’est à Houston, siège de la NASA, que s’est concentrée sa carrière en sol américain.

Astronaute un jour, astronaute toujours

Julie Payette a œuvré au centre de contrôle de mission de la NASA, à Houston, pendant plusieurs années. Elle était affectée  à la console de fonction capcom et agissait comme principale personne-ressource auprès des membres d’équipage des navettes spatiales.

Julie Payette a œuvré au centre de contrôle de mission de la NASA, à Houston, pendant plusieurs années. Elle était affectée
à la console de fonction capcom et agissait comme principale personne-ressource auprès des membres d’équipage des navettes spatiales.

En 1992, alors doctorante à McGill, Julie Payette est sélectionnée parmi 5 330 candidats par l’Agence spatiale canadienne, alors à la recherche de quatre nouveaux astronautes. Elle joint le corps d’astronautes de la NASA quatre ans plus tard, et sera l’astronaute en chef du Canada de 2000 à 2007.

Julie Payette a effectué deux vols dans l’espace, le premier en 1999, à bord de la navette Discovery. Elle devient alors la première Canadienne à participer à une mission de construction de la Station spatiale internationale (SSI) et à monter à bord du laboratoire orbital. Lors de son deuxième vol, à bord de la navette Endeavour en 2009, elle sera aux commandes des trois bras robotiques spatiaux. « Encore aujourd’hui, il y a peu de sièges pour se rendre dans l’espace. Ça a été un grand privilège d’en occuper un », dit-elle.

Au moment d’écrire ces lignes, la tension entre la Russie et les États-Unis au sujet de l’Ukraine s’intensifiait, menaçant même la collaboration des deux pays au sein de la SSI, laquelle a été jusqu’à présent un « symbole diplomatique éloquent », selon l’ancienne astronaute. « La station est contrôlée par les États-Unis et la Russie, 365 jours par année depuis 12 ans et tout fonctionne sans problème, précise-t-elle. C’est pour moi la contribution la plus importante de la Station spatiale internationale. Ça a été une énorme réussite en termes d’ingénierie et de diplomatie. C’est un endroit où la collaboration est essentielle. »

Si Julie Payette n’est plus dans le milieu de l’exploration spatiale depuis un moment déjà, elle continue de donner des conférences sur le sujet. « C’est vrai pour plusieurs professions, mais, astronaute un jour, astronaute toujours », dit-elle.

Un de ses amis et anciens collègues, Robert Thirsk, avec qui elle a séjourné dans l’espace en 2009 – la première fois où le Canada comptait deux astronautes dans l’espace au même moment – ne tarit pas d’éloges à son sujet. « Qu’elle soit dans un simulateur ou une station spatiale ou à un événement, elle a cette capacité d’égayer les gens et de discuter avec tous », dit-il.

Selon Robert Thirsk, Julie Payette est un très bon modèle pour les jeunes intéressés par la science. « Elle transmet très bien ce que sont les défis des astronautes, aussi bien devant une foule qu’avec un petit groupe, mentionne-t-il. Elle est emballée par ce qu’elle fait. »

Plus de 800 000 personnes visitent le Centre des sciences de Montréal chaque année. (Photo: Jean-Francois-Lemire)

Plus de 800 000 personnes visitent le Centre des sciences de Montréal chaque année. (Photo: Jean-Francois-Lemire)

Même s’ils se trouvent dans un autre domaine, tous les astronautes gardent la tête dans les étoiles. « Quand nous sommes sur Terre, nous rêvons d’être dans l’espace, dit Robert Thirsk. Je pense que les vols spatiaux manquent à tous les astronautes, et que la plupart n’hésiteraient pas un instant à le refaire s’ils le pouvaient. Mais la vie continue. »

Il faut dire que le stress – physique et mental – associé à la vie d’astronaute ne manque guère à Julie Payette. « L’entraînement d’un astronaute ressemble beaucoup à celui d’un athlète olympique : dans l’ombre, pendant des années, avec beaucoup de répétitions et énormément de rigueur. Dès qu’on lâche un peu, on n’est plus dans la grande ligue. Il n’y a pas place à l’erreur, parce qu’on représente notre famille, notre patelin, notre pays, la planète. »

Du reste, son objectif pour le moment est d’assurer la pérennité au Centre des sciences de Montréal, un centre créé il n’y a que 13 ans. « Je veux en faire un carrefour, pas seulement un centre où on peut apprendre sur les sciences et les technologies dans un cadre agréable, mais aussi une destination; que le centre fasse partie intégrante de la communauté, comme c’est le cas ailleurs dans le monde. »

Journaliste montréalais, David Savoie a notamment collaboré à La Presse, Les Affaires, la radio de Radio-Canada et CBC.

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An ambassador for science

Julie Payette aboard the International Space Station (Photo: NASA)

Julie Payette aboard the International Space Station (Photo: NASA)

Just four years ago, she was floating in space on the International Space Station (ISS). Today, former astronaut Julie Payette, BEng’86, DSc’03, has both feet firmly planted on the ground, but scientific exploration continues to play a huge part in her life.

Payette is the chief operating officer for the Montreal Science Centre, which welcomes more than 800,000 visitors each year, who take part in its exhibitions and activities at the Old Port. Payette says the job is a natural fit for a former astronaut.

“It’s part of our mandate as astronauts to share our experiences, to share a passion for science and technology and, if possible, to inspire the same passion in others.”

And Payette is keen to do what she can to steer young minds towards science and engineering. Part of her concern is practical — she believes Canada still needs more individuals with scientific and technological skills to help forge an increasingly knowledge-based economy. But she also firmly believes that scientific thinking offers valuable lessons for everyone.

“A little scepticism is good for our health. Asking questions is very healthy. I sometimes find that people don’t ask enough questions, and in my view, that’s what scientific culture is.”

As an astronaut, Payette took part in two space missions related to the construction of the ISS. With rising tensions between Russia and the West as a result of recent events in Ukraine, Payette believes the ISS serves as an important symbol for international cooperation. “It’s a huge success for engineering and a huge success for diplomacy. It’s a place where people have been forced to work together, are forced to work together and will be forced to continue to work together.”

Robert Thirsk, MDCM’82, a fellow former astronaut, says Payette herself has a natural gift for bringing people together. “Whether she’s on the space station or at a public event, she has the ability to boost everyone’s spirits.”

While Payette will always take pride in her accomplishments as an astronaut, she is happy it’s a chapter in her life that is now over.

“Training for astronauts is a lot like training for Olympic athletes. It’s very rigorous, and as soon as we let up, even a bit, we lose ground,” she explains. “We don’t choose when we’re going to perform, and we have to do it without any mistakes, with no margin of error. I don’t miss that side of it at all.”

 

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Comments

2 Responses to “En mission spéciale pour la science”
  1. I too graduated in Engineering at McGill University, in what was then called Mining and Metallurgical Engineering. It is now called Mining, Metallurgical and Materials Engineering. For the last 16 years, I have, at Buehler Canada, specialized in what is called: metallography – the science that examines the microstructures of materials (80% of which are still metals). Applications are everywhere: Aerospace, automotive, electronics, military, geology, etc.

    The microstructure of metals have a direct impact on mechanical, weldability, etc properties of metals. It explains, for instance, why two high carbon steel parts having the exact same chemical composition can be very hard in one case, while being much softer in the other case: because of a process called heat treating.

    The field of work I am involved is connected with ASM international (www.asminternational.org) – the American Society for Materials. This organization has celebrated it’s 100th anniversary in… Montréal, back in October 2013. Along with this event, the Montréal ASM Chapter organized demonstrations to highschool students several different engineering experiments. Their curiosity in material science was excited to the highest level. Présentations were done in both official languages :English et Français) and were a complete success.

    If in any shape and form we, at the ASM Montréal Chapter, could be of help to Centre des Sciences de Montréal, if we were allowed to share our passion for science and technology like astronauts do, I am sure many of my colleagues, whether they come from industry, from le Conseil National de Recherche Canada, Resources Naturelles Canada, toutes les Universités de la région du grand Montréal, would be very happy to do so. It would be a win win situation for our local Chapter, the Centre and the general public

    Best regards

    Daniel Bertrand, ing.
    Buehler Canada
    Cell.: 514-592-7419

  2. Akos Frick B.Arch 61 says:

    Even today I am always surprised at the famous people who went to McGill.I thoroughly enjoy the monthly news.I am an old Montrealer who left after graduation for job opportunities and like many others ended up with my own practice.I am forever grateful for my McGill education.Keep up the great work Julie!!!

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