Portrait de Xin Mei Liu, présidente exécutive de l’Association des étudiant(e)s en médecine de l’Université McGill

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Photo : Sonia Israël

À six ans, alors que sa famille venait d’arriver à Montréal en provenance de Benxi, en Chine, Xin Mei Liu a dû faire un choix. Sa mère lui a demandé : « Xin, préfères-tu aller à l’école chinoise ou jouer au soccer le samedi? » Pour une enfant, le choix était évident. « J’ai répondu : Je veux jouer au soccer! » Elle ne regrette rien. Sa famille parlait toujours mandarin à la maison et, précise-t-elle, « je pourrai toujours apprendre la langue [écrite] plus tard. Mais l’expérience des sports d’équipe, c’est irremplaçable. »

Cette expérience est en effet très utile à l’actuelle présidente exécutive de l’Association des étudiant(e)s en médecine de l’Université McGill (MSS). Dans sa vie, le soccer a laissé place à la médecine – un autre genre de sport d’équipe, selon elle. « En ce moment, les études et l’association étudiante sont mes priorités, et le soccer tient plus du loisir », explique l’étudiante en deuxième année de médecine. Ces jours-ci, elle n’a le temps que pour deux pratiques et un match par semaine pour l’équipe AA d’Outremont. Mais l’ancienne joueuse AAA ne s’en plaint pas. « La compétition est intense dans le AAA. Ça demande énormément de temps et d’énergie, et pour jouer à ce niveau, le soccer doit passer en premier. »

Rêvant depuis longtemps de devenir médecin, Xin a travaillé d’arrache-pied pour être acceptée en médecine à la sortie du cégep. Sa première année a été difficile, mais enrichissante. Elle a décidé de pousser le rythme en s’impliquant en politique étudiante.

« Comme présidente de la MSS, je représente les étudiants auprès de la Faculté, je suis leur porte-parole dans les dossiers liés au bien-être et aux études, pour influer sur les politiques qui les concernent », explique-t-elle. Le bien-être, par exemple – ou plutôt, les fréquents obstacles au bien-être –, est un sujet chaud pour les étudiants en ce moment.

« C’est un enjeu, non seulement à McGill, mais dans toutes les facultés de médecine, poursuit-elle. Traditionnellement, les médecins et les étudiants en médecine ont toujours été surchargés de travail. Nous essayons de faire évoluer cette culture. »

La situation évolue-t-elle? « Il reste beaucoup à faire, c’est certain, mais les choses changent lentement, et nous essayons d’accélérer le processus. Par exemple, nous avons désormais une banque de quelques jours par année que nous pouvons prendre pour notre santé et notre bien-être. C’est une avancée majeure. »

Quant à son propre parcours, Xin hésite encore, mais la médecine de famille et la médecine d’urgence sont pour l’instant ses tout premiers choix. Elle adorerait rester à Montréal pour travailler auprès de populations vulnérables, surtout les nouveaux arrivants et les réfugiés. « Ce travail m’intéresse beaucoup, puisque j’ai vécu cette réalité, mes parents ont eu de la difficulté à s’orienter dans le système de santé, rien n’était évident pour eux. Puisque je parle mandarin et espagnol, en plus de l’anglais et du français, je pourrais vraiment aider des gens d’un peu partout. »

Elle a pu conjuguer son désir d’aider les populations vulnérables et son amour du soccer, il y a deux ans, lorsqu’une bonne amie et coéquipière l’a contactée parce que sa grand-mère cherchait à former une équipe de soccer pour filles dans un orphelinat de Cuernavaca, au Mexique.

Xin et son amie ont rapidement mis sur pied un programme complet de soccer à l’orphelinat. Durant les deux ans d’existence du programme se sont ajoutés une équipe pour garçons et un projet visant à financer une partie des dépenses scolaires d’élèves du secondaire. Malheureusement, il y a un an, l’orphelinat a brusquement fermé ses portes et le programme de soccer a été abandonné. « C’était très décevant, déplore Xin. Mon amie et moi cherchions constamment à recueillir des fonds ici à Montréal, et nous allions sur place tous les six mois pour vérifier que tout fonctionnait bien. » Nullement découragées, les deux jeunes femmes comptent poursuivre leurs efforts pour les jeunes défavorisés de cette région du Mexique.

L’été dernier, Xin a pris part à une autre aventure : une initiative étudiante d’enseignement en anatomie destinée à des étudiants en médecine de l’Université Quisqueya de Port-au-Prince, en Haïti. « Le programme a été lancé parce que le tremblement de terre a détruit leur labo d’anatomie », explique-t-elle, confiant avoir dû réviser son vocabulaire médical en français avant de partir. « Les expériences les plus exigeantes sont celles qui ous apprennent le plus. » 

Bilan de mi-année

À mi-mandat comme présidente de la MSS, Xin jette un regard sur ce qui a été accompli jusqu’ici. « Nous avons une équipe merveilleuse, ce qui est le plus important selon moi dans le leadership étudiant », dit-elle.

Les locaux étudiants de l’Annexe Meredith ont été rénovés pour les rendre plus accueillants et confortables et permettre à la MSS d’y organiser des activités sociales. « Beaucoup d’associations étudiantes, en droit, en génie, en arts ou en gestion, par exemple, organisent leurs propres 5 à 7, mais nous ne l’avions jamais fait en médecine, explique Xin. Avec la rénovation des locaux, nous pouvons commencer à le faire. Le premier 5 à 7 que nous avons tenu, au début janvier, a été un franc succès. »

L’une des priorités de Xin au début de l’année était d’améliorer les communications – entre la MSS et les étudiants, la MSS et la Faculté, et la Faculté et les étudiants –, et l’association a pris diverses mesures en ce sens. « C’est un mandat difficile, car la communication est toujours un défi, dans un contexte où tout le monde est très occupé et ne lit pas nécessairement ses courriels. L’un des gestes que nous avons posés est de lancer un nouveau site web que l’exécutif de la MSS peut gérer plus facilement et qui nous permet de créer un calendrier global pour tous les événements. Nous avons 40 clubs étudiants, 8 comités permanents et beaucoup de projets individuels en cours, donc le regroupement en un seul calendrier était très utile. Nous continuons d’améliorer et de peaufiner constamment le site web. »

Du côté de la communication entre les étudiants et la Faculté, Xin explique qu’il y avait par le passé un comité des études composé du président de la MSS, du vice-président aux études et des présidents de toutes les promotions. Tous les membres étaient élus, mais le comité ne comptait aucun représentant des étudiants ne siégeant pas au conseil. Cette année, sous la direction de Xin, des représentants de tout le corps étudiant ont été recrutés pour siéger à un nouveau comité des études médicales, dont le mandat est élargi et qui donne son avis sur de nombreux enjeux étudiants. « Je tiens à saluer le Bureau des études médicales de premier cycle pour leur aide dans ce processus et leur ouverture envers les représentants étudiants autres que les membres élus au conseil », ajoute Xin.

Des efforts majeurs ont aussi été consacrés au travail stratégique et à la promotion de la transparence. « Je suis particulièrement fière du fait qu’au début de l’année, nous avons envoyé à tous les étudiants un plan stratégique sur un an qui précisait les objectifs stratégiques pour chaque poste au sein de la MSS, afin de rendre des comptes et d’accroître la transparence, déclare Xin. Les leaders étudiants ont toujours le même problème : nous faisons beaucoup de choses mais les étudiants ne le savent pas et ne se sentent donc pas bien représentés. En communiquant nos objectifs aux étudiants, j’espère qu’ils se sentiront mieux représentés. Nous leur enverrons aussi un rapport de mi-année pour leur indiquer où nous en sommes par rapport à nos objectifs. »

La MSS travaille aussi à l’élaboration d’un plan stratégique triennal, ce qui n’est pas une mince tâche. Xin consulte les étudiants et rencontre les représentants des quatre promotions, les clubs étudiants, l’exécutif du MSS et les comités permanents pour recueillir de l’information sur les points forts et les points à améliorer à la MSS. « Les étudiants se sentent-ils bien représentés? Quels grands objectifs la MSS devrait-elle viser, selon eux, au cours des trois prochaines années? » sont deux des questions auxquelles Xin tente de répondre. « À ma connaissance, l’association n’a jamais eu d’orientation stratégique à long terme – chaque conseil recommençait à neuf tous les ans. » Le plan stratégique sera soumis au vote lors de l’assemblée générale de la MSS le 21 mars.

Dans l’ensemble, Xin est satisfaite du déroulement de l’année jusqu’ici. « Je suis vraiment fière que nous ayons pu financer 40 clubs et 18 projets d’action communautaire, en plus d’aider 20 étudiants à participer à des conférences. Ce sont là des points forts de la MSS que nous espérons développer. »

Aux futurs dirigeants de la MSS, Xin adresse le conseil suivant : « Je crois que la présidente ou le président de la MSS doit être un leader, mais qu’un aspect important du leadership est de ne jamais se contenter du statu quo. Si quelque chose marche bien, il faut essayer de le rendre encore meilleur. Si c’est très bon, il faut le rendre excellent. Et si ça ne répond pas aux besoins de la communauté, vous devez le remettre en question et l’améliorer au bénéfice des étudiants. »

Le 23 février 2017

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