Nouvelles règles du jeu

Printemps 2016

Grâce à une technologie mise au point à McGill, Sportlogiq propulse actuellement le hockey professionnel dans le 21e siècle. L’entreprise suit les mouvements sur la glace des joueurs de hockey afin de générer des analyses statistiques détaillées. Déjà, 10 équipes de la LNH et deux réseaux de télévision ont recours à leurs précieuses données.

Par Kathryn Jezer-Morton

Les fondateurs de Sportlogiq et diplômés de McGill Mehrsan Javan (à gauche) et Craig Buntin.

Les fondateurs de Sportlogiq et diplômés de McGill Mehrsan Javan (à gauche) et Craig Buntin.
Photo : Owen Egan

Mehrsan Javan, cofondateur et chef de la technologie de la jeune entreprise montréalaise Sportlogiq, était jadis un amateur de sports. Lorsqu’il était doctorant en génie informatique à McGill, il aimait beaucoup regarder les parties de basketball et s’intéressait de plus en plus au hockey. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas. « Maintenant, quand je regarde une partie, je me demande ce qui serait difficile à suivre ou à repérer, dit-il. Comment pourrions-nous apporter des améliorations? Je pense toujours à la technologie », poursuit-il.

Suivre des parties – de très près – est la raison d’être de Sportlogiq. Mehrsan Javan a cofondé l’entreprise avec l’ancien patineur artistique olympique Craig Buntin, lui aussi diplômé de McGill (il a obtenu un MBA en 2013). Sportlogiq, partiellement financée par Mark Cuban, milliardaire américain propriétaire des Mavericks de Dallas, a recours à des logiciels propriétaires développés grâce à la recherche doctorale de M. Javan pour suivre les mouvements sur la glace des joueurs de hockey afin de générer des analyses statistiques détaillées.

Si les données sur le déroulement du jeu font partie intégrante de la culture de certains sports professionnels, le hockey accuse un important retard à ce chapitre. Selon M. Javan, « les gens du hockey sont de la vieille école. Toutefois, les choses commencent à changer et certaines équipes reconnaissent maintenant l’importance des données et des analyses statistiques. » À l’heure actuelle, Sportlogiq fournit des données à dix équipes de la LNH et à deux télédiffuseurs, RDS et SportsNet. « Nous devons dominer la LNH tout entière, poursuit Mehrsan Javan, avant de passer à d’autres sports. »

Au départ, le chercheur n’avait pas l’intention de révolutionner l’analyse statistique dans le domaine du sport. Étudiant au doctorat, il travaillait sur la vision artificielle – un champ d’études où les ordinateurs analysent le contenu d’images et de vidéos. Il a mis au point un logiciel de surveillance pour repérer des activités inhabituelles dans des endroits très fréquentés, comme les gares ferroviaires ou les établissements sportifs. « La technologie était parfaitement transférable d’un domaine à un autre, affirme-t-il. Aujourd’hui, ce logiciel permet à Sportlogiq de bénéficier d’un avantage concurrentiel dans le secteur en pleine croissance des analyses sportives. »

Sportlogiq peut utiliser des images provenant de n’importe quel appareil photo ou flux vidéo – même un téléphone intelligent – pour générer des données sur une partie de hockey. D’autres générateurs de statistiques ont recours à de coûteux appareils photo statiques installés autour de la patinoire ou à des dispositifs d’identification par radiofréquence (de petits appareils électroniques composés d’une puce et d’une antenne). « Nous nous libérons de certaines contraintes liées au matériel », explique M. Jarvan. Le logiciel de Sportlogiq propose deux modes d’analyse du jeu : le suivi de la position du joueur et la reconnaissance de l’activité. L’information est ensuite utilisée par le moteur d’analyse du jeu pour mettre au point un modèle statistique permettant de générer des statistiques descriptives et prédictives extrêmement précises d’une partie. Sportlogiq peut ainsi répondre à des questions telles que : Comment certains joueurs réagissent-ils à certaines situations? Prennent-ils les meilleures décisions? Quel style de jeu adoptent-ils? Comment les chances de compter varient-elles en fonction de certains trios? Ces méthodes permettent à Sportlogiq de devancer ses concurrents qui s’appuient uniquement sur la position du joueur pour analyser le jeu.

Du fait que les équipes peuvent accéder aux données sur le jeu des opposants, Sportlogiq est en mesure de fournir des renseignements stratégiques aux entraîneurs. « Nous pouvons discerner des tendances. Nous pouvons mesurer le pourcentage d’arrêts d’un gardien de but lorsqu’un lancer vient de divers endroits. Disons qu’un joueur décoche toujours un tir à partir du même emplacement et que nous savons que le pourcentage d’arrêts de tirs provenant de cet endroit par un certain gardien de but est de 100 %. Nous savons donc qu’il ne faut jamais lancer depuis cet angle quand ce gardien de but est sur la glace. Ou encore, si l’équipe souhaite échanger des joueurs ou recherche un joueur doté de caractéristiques précises, Sportlogiq peut à coup sûr trouver le candidat idéal », explique M. Jarvan.

Le milieu des entreprises en démarrage de Montréal a été favorable à Sportlogiq. Les fondateurs ont notamment reçu l’appui de Tandem Launch, un incubateur d’entreprises dans le domaine des technologies émergentes, et d’Anges Capital Québec, un investisseur providentiel.

Il existe toutefois une institution montréalaise qui n’a pas encore eu recours aux innovations de Sportlogiq : les Canadiens. « Lorsque Mark Cuban est venu nous visiter, il s’est montré fort étonné d’apprendre que le Tricolore ne se sert pas de notre technologie. Il l’a d’ailleurs mentionné dans une entrevue à RDS. Les Canadiens ne réalisent pas la valeur de ces données. Un jour, ils comprendront. » Avec la piètre saison que l’équipe montréalaise vient de connaître, il sera probablement très opportun de recourir à ce genre de données. S’ils reçoivent un appel, Merhsan Javan et son équipe seront prêts à les aider.

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