La Boussole électorale pourrait-elle augmenter le taux de participation aux élections?

Printemps 2016

Une étude réalisée par la doctorante Valérie-Anne Mahéo révèle que l’amélioration de l’accès à l’information sur les partis politiques contribue à combler l’écart qui existe entre les diverses classes socioéconomiques en matière de motivation à voter.

Par Maria Turner

Anne MahéoValérie-Anne Mahéo s’intéresse à ce qui motive les gens, plus particulièrement à ce qui les pousse à s’engager sur le plan politique. « Je cherchais à découvrir ce que nous pouvons faire pour mobiliser les personnes qui ne sont pas déjà actives en politique ou intéressées par celle-ci », explique la doctorante en sciences politiques à l’Université McGill.

C’est alors qu’elle travaillait à son projet de maîtrise sur l’engagement politique des jeunes que Valérie-Anne Mahéo s’est découvert cet intérêt. « Dans les médias, les jeunes sont souvent dépeints comme apolitiques et apathiques, affirme-t-elle. J’ai voulu approfondir cela davantage. » En fait, ce que la chercheuse a découvert, c’est le contraire : les jeunes sont politiquement engagés, mais expriment cet engagement par une multitude d’activités politiques, pas nécessairement par le processus électoral. « C’était au début des années 2000, explique-t-elle, et de nombreux jeunes adhéraient au mouvement antimondialisation. »

Après avoir terminé sa maîtrise, Mme Mahéo s’est intéressée à un autre segment de la population afin de répondre à cette question : « Qu’en est-il des gens qui ne sont pas des militants et qui ne votent pas, notamment ceux qui sont susceptibles d’être désavantagés sur le plan social ou économique? »

Elle a mis sur pied un projet de recherche visant à examiner ces questions. Durant les élections provinciales de 2014 au Québec, elle a proposé à des gens d’utiliser la Boussole électorale, un outil interactif qui fournissait de l’information sur les partis politiques et leur programme. Ensuite, elle a sondé ces personnes pour déterminer dans quelle mesure le fait d’être exposées à ces renseignements avait eu une incidence sur leur intérêt et leurs connaissances en matière de politique, ainsi que sur leur motivation à voter.

Pour s’assurer d’avoir un échantillon représentatif de la population, la chercheuse s’est rendue dans la rue, dans un quartier démographiquement diversifié, pour trouver ses sujets de recherche. « Habituellement, ce sont les citoyens les mieux renseignés qui recherchent des sites Web politiques, explique-t-elle. Nous voulions savoir si, en offrant un accès égal à toutes les catégories de citoyens, nous allions observer les mêmes effets. »

Mme Mahéo a constaté que ceux qui étaient plus avertis en matière de politique trouvaient plus facilement de l’information au moyen de l’application, mais que ceux qui étaient a priori moins intéressés par la politique devenaient plus motivés à participer. Elle ajoute : « Quand j’ai mesuré l’intention de voter, l’augmentation était de 13 points de pourcentage – c’est énorme. »

Bien que son échantillon ne comprenne que quelques centaines de personnes, la chercheuse estime que ses travaux pourraient avoir une portée considérable. « Si nous réussissons à mieux cibler l’offre de l’application, elle pourrait permettre de réduire les inégalités politiques », explique-t-elle.

Valérie-Anne Mahéo espère qu’en stimulant d’abord la motivation, le temps et les efforts permettront ensuite d’augmenter les taux de participation aux élections.

Les travaux de Valérie-Anne Mahéo ont été financés par le Centre pour l’étude de la citoyenneté démocratique, le Fonds de développement du doyen de la Faculté des arts de l’Université McGill, le Fonds de recherche du Québec ‒ Société et culture, et le projet international Making Electoral Democracy Work. Mme Mahéo a également bénéficié d’un partenariat avec le Directeur général des élections du Québec dans le cadre de son projet de doctorat.

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