Stagiaires et gestionnaires d’entreprise

10 juillet 2013
L'équipe Temperpak : Charles Vincent (à gauche), James McGoff (à droite), et Brian Powers (pas de photo)

L’équipe Temperpak : Charles Vincent (à gauche), James McGoff (à droite), et Brian Powers (absent sur la photo)

À LA MÊME ÉPOQUE L’ANNÉE DERNIÈRE, les étudiants en génie des matériaux James McGoff et Charles Vincent, passaient leurs nuits dans un laboratoire de fortune poussiéreux installé dans leur appartement et tentaient de mettre au point des enveloppes et des boîtes d’expédition légères et bien isolées à l’aide d’aérogel.

Jusqu’aux petites heures du matin, ils s’efforçaient de transformer les feuilles d’aérogel ‒ ultralégères et semblables à un nuage ‒ en prototypes (voir l’encadré). Après quelques heures de sommeil, ils se dirigeaient vers leurs salles de cours à l’Université McGill. Ils devaient, après tout, maintenir une moyenne générale acceptable.

Cet été, plutôt que de travailler dans leur laboratoire de fortune, James McGoff et Charles Vincent occuperont un local ensoleillé au cœur même d’un incubateur d’entreprises au centre-ville de Montréal. Les deux étudiants privés de sommeil travailleront dans leur propre entreprise d’emballage utilisant des matériaux de pointe, TemperPak, à la fois comme stagiaires et dirigeants.

James McGoff et Charles Vincent ont effectué des stages afin de répondre aux exigences de leur programme d’études, travaillant auprès d’entreprises telles que Boeing et CrossChasm. Le troisième membre fondateur de TemperPak, Brian Powers, a récemment complété un stage chez UBS, une société de services financiers, dans le cadre de son programme de formation à l’Université de la Pennsylvanie.

Aerogel 101

Aussi appelé « fumée congelée » en raison de son apparence, l’aérogel est constitué de minuscules tunnels d’air. Cette structure en forme de réseau tortueux emprisonne les molécules d’air et les empêche de propager leur énergie. Composé d’air dans une proportion de 99 pour cent, l’aérogel est extrêmement léger ‒ ainsi, le poids d’un bloc d’aérogel de la taille d’un réfrigérateur ne serait que de 2,27 kilos environ ‒ et un pour cent seulement de ce matériau serait conducteur de chaleur.

« McGill nous permet maintenant d’effectuer notre stage au sein de notre propre entreprise », affirme James McGoff, une pointe d’étonnement dans la voix. « C’est vraiment extraordinaire, car nous avons réellement le meilleur des deux mondes. Nous obtenons des crédits universitaires tout en travaillant à notre projet dans ces magnifiques bureaux. »

Les deux chercheurs ont fait beaucoup de chemin depuis les débuts de TemperPak, lors d’une réunion du défunt Club des entrepreneurs en technologie de McGill, où James McGoff a fait la connaissance de Sathy Rajasekharan, directeur adjoint du Centre d’innovation biomédicale de McGill.

« Sathy nous avait alors dit que des échantillons sanguins expédiés de Montréal à la Floride étaient altérés, car leur température interne subissait des écarts plutôt que de demeurer stable à 22 degrés Celsius », précise Charles Vincent. Or, les deux jeunes chercheurs avaient récemment entendu parler de l’aérogel et de ses propriétés uniques dans le cadre du cours de génie sur la chaleur, la masse et le transfert des fluides donné par le professeur Frank Mucciardi. C’est alors qu’ils ont envisagé la possibilité de mettre au point des boîtes et des enveloppes à l’aide de ce matériau.

Il leur aura fallu huit mois de travail pendant leurs temps libres, mais au début de 2013, ils avaient conçu l’architecture des enveloppes et entrepris de les mettre à l’essai à l’aide de dispositifs de surveillance de la température. Le professeur Rajasekharan les a ensuite mis en rapport avec l’équipe du Quartier de l’innovation (QI) de McGill.



DIRIGÉ PAR ISABELLE PÉAN, les membres de l’équipe du QI de McGill travaillent depuis plusieurs années en étroite collaboration avec leurs collègues de l’École de technologie supérieure (ÉTS) afin de créer un écosystème d’innovation dans le sud-ouest de Montréal. Né en 2010 d’un partenariat entre McGill et l’ÉTS, le QI vise à rapprocher les établissements universitaires et les acteurs des milieux industriel, social et culturel.

« Notre objectif est de créer, au sein de ce district, une culture d’innovation et d’entrepreneuriat d’une portée internationale, qui réunit à la fois les volets urbain, industriel, social, culturel, éducatif et axé sur la recherche du QI », explique madame Péan. « Sous la direction des universités fondatrices, le QI permettra de créer les conditions favorables au développement d’un quartier urbain dynamique qui accueillera une communauté créative et engagée. »

Lorsqu’elle a entendu parler de TemperPak, Isabelle Péan a communiqué avec James McGoff et Charles Vincent afin de leur parler de Centech, un incubateur d’entreprises affilié à l’ÉTS qui a récemment ouvert ses portes aux étudiants et aux diplômés de McGill.

L’innovation décolle

Performers at the May 2013 launch of the Quartier de l'innovation

Des artistes à l’inauguration du Quartier de l’innovation

Le QI a été inauguré officiellement le 13 mai 2013. L’événement a été suivi d’une conférence internationale, C2-MTL, véritable célébration de la rencontre du commerce et de la créativité.

Au début de 2013, madame Péan a fait visiter les installations de Centech à l’équipe de TemperPak et a entrepris de promouvoir cet incubateur d’entreprises sur le campus afin d’en promouvoir les programmes auprès des étudiants et des professeurs. TemperPak est la première entreprise mcgilloise à être hébergée par Centech et à bénéficier de ses ressources et services. En avril 2013, une deuxième équipe dirigée par le professeur Renzo Cecere et Toufic Azar, étudiant à McGill, a été accueillie au sein de l’incubateur afin de poursuivre ses travaux sur la réparation des valvules mitrales dans le cadre de chirurgies cardiaques.

« L’accès à Centech est l’une des nombreuses initiatives issues du partenariat entre McGill et l’ÉTS ayant donné naissance au QI », ajoute Isabelle Péan. D’autres programmes ont vu le jour, dont des stages pour les étudiants mcgillois auprès d’entreprises locales et d’organismes sans but lucratif de la région; BioFuelNet Canada, un réseau de centres d’excellence novateur dans le domaine de l’énergie de remplacement et de la durabilité, dirigé par Donald Smith, professeur à McGill; ainsi qu’une multitude de projets innovants.

« Notre demande d’admission au sein de Centech et l’acceptation de notre candidature se sont révélées de véritables catalyseurs », affirme James McGoff, soulignant que le processus les avait poussés à perfectionner leur technologie et à peaufiner leur plan d’affaires. « Nous parlons beaucoup d’aérogel et de transfert de chaleur avec nos professeurs, mais lorsque nous leur demandons où se procurer le produit, ils ne le savent pas toujours. Nous avons également eu du mal à obtenir des logos pour nos boîtes et réserver les services d’usines pour les fabriquer. Centech nous apporte une aide précieuse dans tous ces domaines. »



MAINTENANT QUE LA RELATION AVEC CENTECH EST BIEN ÉTABLIE, les deux jeunes chercheurs sont persuadés que les huit prochains mois passeront à la vitesse de l’éclair. L’équipe évalue désormais les propriétés isolantes de ses produits et souhaite obtenir l’agrément de l’Association internationale pour la sécurité du transport. Elle se propose également de soumissionner afin d’obtenir des contrats de la Société canadienne du sang et d’Héma-Québec. L’équipe a par ailleurs appris, à la fin du mois de mai, qu’elle avait obtenu la deuxième place au concours de la Coupe Dobson de la Faculté de gestion Desautels et qu’elle recevrait la somme de 9000 $, qu’elle entend utiliser pour le développement de son entreprise.

Lorsqu’on lui demande de parler de son expérience, Charles Vincent y va de quelques conseils, évoquant des concepts qu’il maîtrise bien. « Cette expérience est comme une onde sinusoïdale : il y a toujours des hauts et des bas. Il vous arrive de connaître de bonnes journées, mais un échec est toujours possible. Il faut persévérer et viser le sommet. »

La date limite pour soumettre une candidature à Centech pour le deuxième cycle d’admission est le 19 septembre 2013. Pour en savoir plus sur le QI, visitez le www.mcgill.ca/qi/fr.

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