Coupe du monde – Les inégalités derrière l’émergence

Fall 2010

ludo150x150Ludovic Langlois-Thérien – Yaoundé, Cameroun
(cet article a originalement été publié dans Le Devoir, le 9 juillet 2010)

Alors que la Coupe du monde tire à sa fin, tout le continent africain est englobé dans une ferveur commune. De Zanzibar à Abidjan, les Africains sont décidément fiers du rayonnement international de l’événement. Véritables emblèmes du Mondial, les différents stades où furent jouées les parties constituent l’exemple matériel le plus évident de ce succès. Néanmoins, la mise en place de ces infrastructures et les politiques d’embellissement urbain entreprises par le gouvernement sud-africain ont causé de nombreuses violations du droit au logement.

À cet égard, Raquel Rolnik, la rapporteuse spéciale des Nations unies sur le logement convenable, a déclaré que seulement à la ville du Cap, plus de 20 000 personnes avaient été déplacées de force pour faire place aux festivités.

En effet, si l’avènement de la Coupe du monde en Afrique témoigne d’une certaine émergence économique, il témoigne aussi des aspects inégalitaires de cette émergence, car ce sont les populations les plus démunies qui se retrouvent à payer une grande partie du prix du développement. En ce sens, les violations du droit au logement à l’occasion de la Coupe du monde sont le reflet d’une problématique d’urbanisation endémique sur le continent africain.

Évictions

Dans plusieurs pays d’Afrique, l’urbanisation s’est grandement accélérée au cours des dernières années. Couplée à une croissance exponentielle de la population, à l’exode rural et à un important clivage entre riches et pauvres, l’urbanisation a abouti en des politiques très radicales. L’organisation Center for Housing Rights and Evictions (COHRE) rapporte qu’entre 2007 et 2008, plus de 250 000 personnes ont officiellement souffert d’évictions forcées en Afrique, mais estime les données réelles beaucoup plus alarmantes, dans les millions d’individus. Au cours de cette période, plusieurs métropoles d’Afrique, dont Nairobi, Douala, Addis-Ababa, Lagos, Kigali et Kampala, ont été le théâtre d’évictions de force massives pour permettre de nouvelles constructions.

Étant donné la pression à laquelle font face les autorités africaines, les évictions forcées sont souvent expéditives et peuvent donc donner lieu à des scènes de violence. Human Rights Watch et Amnistie internationale ont récemment rapporté qu’en Afrique du Sud, la démolition de certaines habitations s’était déroulée sans préavis et que des résistants avaient été appréhendés de manière robuste par les forces policières. Mme Rolnik a aussi déploré le manque de transparence des autorités et l’absence d’indemnisation des victimes.

Avare de commentaires

Certaines autorités africaines justifient les évictions en les posant comme une condition sine qua non du développement économique. Le ministère des Affaires foncières du Cameroun a souligné que plusieurs victimes d’évictions occupaient illégalement leur parcelle de terrain. Selon le COHRE, ces arguments doivent être appréciés en fonction du niveau socio-économique des victimes, qui pour la plupart luttent pour leur simple subsistance et dont le modeste logement constitue souvent le seul actif.

Malgré l’attention médiatique suscitée par la Coupe du monde, le gouvernement sud-africain est demeuré avare de commentaires. Néanmoins, à la lumière des nombreuses recommandations formulées par les différentes organisations internationales des droits de la personne, on peut espérer que le gouvernement du Brésil, à la fois pays émergent et futur hôte de la Coupe du monde de soccer et des Jeux olympiques, saura mieux anticiper les dangers liés aux opérations massives qu’entraîne la tenue de tels événements.

Yaoundé, Cameroun (photo prise par Ludovic Langlois-Thérien)

Yaoundé, Cameroun (photo prise par Ludovic Langlois-Thérien)

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